Catéchèse du pape Léon XIV

Le cardinal Robert Francis Prevost, de l’ordre de Saint Augustin et originaire des États-Unis, a été élu Pape le jeudi 8 mai 2025, il a choisi le nom de Léon XIV.

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV Cathédrale Saint-Étienne (Metz) Lundi 28 septembre 2026

Chers frères et sœurs,

je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.

Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.

Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.

La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.

La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”. Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.

L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux ­– Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons. Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).

Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ? Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.

Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes. Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42). Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.

Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.

Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.

Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.

Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés. Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.

La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles. Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.

Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits. En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante. Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.

Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV Prairie du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes Dimanche 27 septembre 2026

Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ? 

Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

« Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités ! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”.

 On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

Amen.

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV Place de la Concorde (Paris) Samedi 26 septembre 2026

Chers frères et sœurs,

je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.

 « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.

Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.

Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !

La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.

C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.

« Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.

Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.

De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.

Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.

Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.

Amen !

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV Cathédrale Notre-Dame de Paris Vendredi 25 septembre 2026

Chers frères et sœurs,

la prière du soir nous rassemble en ce lieu qui, plus que tout autre, invite depuis des siècles Paris à regarder vers le ciel. Sept années se sont écoulées depuis que le monde entier, retenant son souffle, a vu la cathédrale s’embraser dans un incendie effroyable. À l’époque déjà, nous avions levé les yeux, déconcertés, conscients de l’impuissance humaine face à l’impondérable. Cette douleur n’était pas seulement celle des catholiques, ni celle des seuls croyants. Nous avons pris conscience, en cette heure dramatique, que Notre-Dame est plus qu’un monument. La participation collective à la reconstruction, et aujourd’hui la splendeur du résultat, révèlent que le cœur d’un peuple bat en ce lieu, que nous sommes au centre vital d’une civilisation, que le passé et l’avenir s’étreignent, que le ciel et la terre se rencontrent.

J’ai souhaité vous rencontrer en ce lieu symbolique de l’Église en France. C’est pour moi une joie d’en avoir franchir le seuil, il y a instant, comme le font chaque jour des milliers de frères et de sœurs qui viennent ici du monde entier. Le simple fait d’y entrer nous met en face d’une beauté qui parle à notre cœur inquiet et l’appelle à la paix. En rendant cet espace à l’humanité tout entière, on a bien compris à quel point chaque visiteur peut se laisser régénérer par ce qu’il voit, entend et ressent. Les institutions – publiques, ecclésiales et privées – impliquées dans la restauration de Notre-Dame ont ainsi contribué, par leur apport spécifique, à réactiver les parcours culturels, existentiels et spirituels que la cathédrale révèle. Dans ce contexte, l’Église a interprété sa mission non seulement en termes de conservation, mais aussi de créativité, en faisant vivre la tradition avec l’audace de ceux qui ont la foi et sont tournés vers l’avenir avec Espérance. Je tiens à en remercier Monseigneur l’Archevêque, ses collaborateurs et la communauté diocésaine de Paris qui ont également imaginé un parcours pastoral de première annonce et d’initiation chrétienne accessible à tous. Le baptistère, qui se trouve à l’entrée comme une bénédiction et une invitation, en est le signe.

La reconstruction de la cathédrale a été l’occasion d’une rencontre qui a élargi les espaces d’accueil et de participation au-delà des frontières de l’appartenance ecclésiale. Chers évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées, séminaristes de France : laissez-vous inspirer par ce qui s’est passé ici ! Mettez en priorité l’Evangelii gaudium, c’est-à-dire cette conversion missionnaire dont le Pape François nous a donné le témoignage dès sa première Exhortation apostolique.

Dans la Lettre aux Galates, nous avons entendu la raison pour laquelle nous ne devons pas craindre : « Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). Il l’a envoyé parmi nous, dans notre monde ! Dans le texte paulinien, le verbe décrit un événement réel, historique, et non pas des circonstances idéales. Les chrétiens ne fuient pas la complexité, car Dieu lui-même les a appelés à suivre son Fils dans un monde déjà habité, déjà en mouvement, déjà marqué par les misères et la bonté des êtres humains. Le chemin de la Croix révèle, certes, les ténèbres qui traversent le monde, mais plus radicalement encore l’amour de Dieu qui triomphe de la mort.

Le plan en croix de la cathédrale, où se fondent pierres et lumières, évoque la rencontre entre la terre et le ciel. Elle rassemble et met en ordre les événements de l’histoire, tissée de joies et de souffrances humaines. Elle les tient ensemble dans une dynamique symbolique qui construit une langue vivante à partir de différentes expressions, en les composant dans une unité.

Chers amis, c’est de l’Incarnation – « Dieu a envoyé son Fils » – que découle l’identité de l’Église, appelée à être toujours “en sortie”. En tant que disciples du Christ, vous savez bien que la communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. Au contraire, elle s’offre, à l’instar des anciennes cathédrales, comme un espace d’accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous. C’est là que réside la force d’une Église vivante : accueillir la périphérie qui se trouve déjà en son cœur, accueillir celui qui est éloigné mais en réalité déjà proche, accueillir l’étranger en qui le Christ frappe déjà à la porte.

Si Notre-Dame est le signe de cette rencontre au cœur de Paris, les autres villes et régions de France, même les plus périphériques et rurales, seront à plus forte raison transfigurées par une présence missionnaire, simple et bienveillante, qui contribue aussi à l’harmonisation des différences culturelles et à la guérison des blessures présentes dans nos sociétés. Des côtes du Nord jusqu’à la Méditerranée, des régions intérieures aux Départements et Régions d’outre-mer, soyez une Église vivante, multiforme et proche. La pauvreté des moyens n’empêche pas la mission, car c’est la grâce de Dieu qui permet la liberté intérieure et la sobriété de vie, afin de refléter un style évangélique. Dans tout cela, valorisez avec confiance la présence missionnaire des fidèles laïcs qui sont l’avant-poste vivant de l’Église aux carrefours du monde quotidien.

D’autre part, frères et sœurs, nous ne devons pas oublier que la finalité pour laquelle ce Temple, comme toutes les autres églises, a été érigé est la prière et la louange de Dieu. C’est le lieu où la communauté chrétienne célèbre la forme la plus élevée de prière et de louange, en renouvelant dans l’Eucharistie le sacrifice rédempteur du Christ. La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré. Vidée de l’action liturgique, elle perdrait son âme. Ici, à Notre-Dame, cette vérité est mise en évidence par la disposition de l’autel au centre de l’espace. Ainsi, la communauté qui loue le Seigneur se trouve au cœur de l’édifice et les visiteurs, même pendant les célébrations, marchent autour d’elle et l’observent. L’Église y apparaît pour ce qu’elle est : un organisme vivant, une communauté croyante qui rassemble dans la louange tout ce que la culture et la Tradition lui transmettent. Elle est un Corps qui, en célébrant, dit à chacun la raison pour laquelle elle existe.

Aujourd’hui plus que jamais, nous vivons dans une époque qui semble dépourvue de plénitude, de profondeur et de promesses. La noble simplicité du chant, de la parole, du geste liturgique peut représenter pour beaucoup une lueur d’espérance, une oasis de paix dans une société hyper connectée et bruyante, où l’on peut faire l’expérience de la présence de l’Auteur du plus grand amour : « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). La célébration de l’année liturgique, du dimanche et des fêtes, fait également de nous des contemporains du Christ, attentifs aux différents moments de sa vie qu’Il a entièrement donnée au Père pour le monde. Nous devenons, de la sorte, plus sensibles et plus ouverts aux signes des temps. En effet, l’écoute communautaire des Écritures et la prière nous permettent de voir les événements historiques à la lumière de Dieu - nous rendant plus conscients de nos responsabilités-, de démasquer les rapports de pouvoir injustes et de préserver les germes de justice et de paix. C’est donc l’espérance qui nous anime, et non la résignation. Et c’est de là que naissent des liens d’une plus grande fraternité, des réseaux de solidarité, fruit de la communion à l’unique Sacrifice du Christ.

À vous qui célébrez quotidiennement l’Eucharistie, je demande de veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et convenance, même là où de plus petites communautés se rassemblent. Soyez les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en témoignant toujours d’une grande humilité face au Mystère célébré. Le Concile Vatican II, dont la richesse doit beaucoup à la France, a recueilli et approfondi cet héritage de manière éminente, en reconnaissant son rôle central dans la vie ecclésiale (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 10). Je vous exhorte donc tous, évêques, prêtres, diacres et personnes consacrées, à cultiver un amour authentique pour la liturgie et à être témoins et serviteurs de la vocation prophétique, sacerdotale et royale de tout le peuple de Dieu.

La liturgie reste en cela un reflet de la vie. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours. C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. Ensemble, nous serons la prophétie qu’un monde réconcilié est possible.

Chers évêques, prêtres, séminaristes et personnes consacrées, vous qui avez été appelés à suivre le Christ, je vous remercie pour votre réponse et votre fidélité au Seigneur. Ne négligez jamais cette amitié, voulue par Jésus, qu’il faut cultiver dans la prière personnelle, fondement essentiel de toute vocation. Comme le disait Madeleine Delbrêl : « Sans la prière, nous n’aimerions pas le Dieu d’amour. Nous serons peut-être ses serviteurs, ses combattants, voire même ses disciples ; mais nous ne serons ni les enfants aimants de notre Père, ni les amis (…) de Jésus-Christ » (Notre vie, tome XV des Œuvres complètes, Nouvelle Cité, 2017, p. 41). Préservez donc votre vie intérieure avec le Seigneur, à l’école des nombreux saints qui vous ont précédés, en puisant toujours à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière silencieuse. Votre mission découle avant tout de cette relation intime avec le Seigneur qui vous attend.

Au cœur de la ville, la cathédrale ouverte est le signe d’une communauté qui loue le Seigneur et qui vit l’hospitalité non pas comme un geste occasionnel, mais comme la forme même de son existence, afin que tous puissent se sentir chez eux, sans plus être dominés ni marginalisés dans un monde en mutation. « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, […] pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5). Et « puisque tu es fils, tu es aussi héritier » (Ga 4, 7).

Héritiers par grâce, frères et sœurs ici rassemblés, c’est maintenant à chacun de vous, à cette assemblée priante et vivante, de devenir la chair et la voix de cette promesse. Pasteurs et personnes consacrées de France, vous êtes appelés à être les premiers gardiens de cette maison ouverte, les pierres vivantes d’une Église qui espère et qui ne craint pas l’avenir. Cette cathédrale est née de nouveau pour que vous puissiez renaître avec elle dans un élan de sainteté et de mission quotidienne. Au milieu de votre peuple, soyez l’expression limpide de la maternité divine de l’Église qui, en témoignant de l’amour de Dieu, reconstruit et guérit la famille humaine.

Levons les yeux vers la statue du XIVe siècle de la Vierge à l’Enfant que l’incendie n’a pas touchée et qui resplendit à nouveau devant nous. Que Marie, qui a gardé le Verbe dans ses entrailles, garde votre fidélité, et qu’elle soit l’étoile qui guide la mission de l’Église en France. Sainte Marie, Notre-Dame de Paris et Mère de l’Église, prie pour le peuple français, soutiens ses pasteurs et marche toujours à nos côtés.

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV Siège de l’UNESCO (Paris) Vendredi 25 septembre 2026

Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

je suis heureux de me trouver aujourd’hui au sein de cette assemblée des Nations, où les langues et les cultures se rencontrent pour coopérer à un projet qui concerne l’ensemble de la famille humaine : « Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Acte constitutif de l’UNESCO, art. 1, al. 1). Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.

En tant que témoin de la paix, je vous adresse mes salutations cordiales, Représentants des États membres et Observateurs, des Organisations internationales, du monde universitaire et de la société civile. Je remercie Monsieur Khaled El-Enany, Directeur Général de cette Organisation, pour son invitation chaleureuse et pour les paroles qu’il nous a adressées. En ma qualité de pasteur, je vous transmets la parole de l’Église, qui se fait sans cesse “message etconversation” à l’intention de tous les peuples, femmes et hommes de bonne volonté (cf. Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67).

Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire. À cet égard, l’UNESCO représente à la fois un objectif et un outil pour poursuivre aujourd’hui, avec un engagement accru, cette tâche, selon nos multiples domaines d’activité. En 2027 [deux mille vingt-sept], nous célébrerons le 75e [soixante-quinzième] anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’UNESCO : une présence qui découle de la conviction que l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous considérons cette Organisation comme un interlocuteur privilégié au service du bien commun, qui est la “forme sociale de la dignité” que nous partageons tous de manière originelle et égale (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 59). Depuis 1952 [mil neuf cent cinquante-deux], la Mission permanente d’observation du Saint-Siège discerne et accompagne, dans cette perspective, les initiatives de l’UNESCO, en apportant sa contribution au dialogue entre les nations, afin de soutenir un authentique développement humain, qui n’est tel que lorsqu’il est orienté à « promouvoir tout homme et tout l’homme » (Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 14).

S’adressant à cette assemblée, mon vénéré prédécesseur saint Jean-Paul II rappelait que « genus humanum arte et ratione vivit ». Puisqu’en effet « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture », [1] ce mot “culture” désigne la manière d’être par laquelle l’homme donne un sens à tout ce qu’il fait. Quarante-six ans plus tard, alors que je renouvelle parmi vous l’engagement de collaboration du Saint-Siège, je vous invite à considérer l’UNESCO non seulement comme une Organisation internationale illustre, mais aussi comme un lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir. Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes.

Dans le domaine de l’éducation, l’Église catholique apporte une expérience très ancienne : depuis des siècles, ses communautés ouvrent des écoles et des universités, enseignent à lire et à écrire, et sont présentes même dans les endroits les plus pauvres et les plus reculés. Avec le Pacte éducatif mondial, mon prédécesseur François a souhaité inscrire cette expérience dans une alliance éducative plus large, ouverte à la contribution de tous. Mais ce que je souhaite vous transmettre, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent. Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité (cf. ibid., nn. 10-11).

In this assembly, then, a fundamental question deserves to be explored, one that urgently calls for a response : What does it mean to be human ? Every culture is challenged by this question, which lies at the heart of every form of knowledge, every art and every religion. Even in the twenty-first century, after all, we cannot take for granted that we know who the human person is or what it means to live as a human being. Indeed, every generation is called to grapple with this question, especially in the face of tragedies that, regrettably, occur even today.

[Dans cette assemblée, une question fondamentale mérite donc d’être approfondie, une question qui appelle de toute urgence une réponse : Que signifie être humain ? Chaque culture est confrontée à cette question, qui est au cœur de toute forme de savoir, de tout art et de toute religion. Même au XXIe siècle, après tout, nous ne pouvons pas tenir pour acquis que nous savons qui est la personne humaine ni ce que signifie vivre en tant qu’être humain. En effet, chaque génération est appelée à se confronter à cette question, en particulier face aux tragédies qui, malheureusement, se répètent encore aujourd’hui.]

Before all else, the human person is someone who is conceived and born. Thus, first of all, to be human means to be a child. None of us chose to be so. None of us decided from whom, when or where to be born. This evident truth sheds light on something that is not merely biological but ethical : as children, we are all brothers and sisters. From the outset, our humanity is a gift and a trial, a promise and a responsibility. For every human being, birth establishes a primordial bond — a communion of life that has its source, and its first educational setting, in the family.

[Avant toute chose, la personne humaine est un être conçu et né. Ainsi, être humain, c’est d’abord être un enfant. Aucun d’entre nous n’a choisi de l’être. Aucun d’entre nous n’a décidé de qui, quand ni où naître. Cette vérité évidente met en lumière un aspect qui n’est pas seulement biologique, mais éthique : en tant qu’enfants, nous sommes tous frères et sœurs. Dès le départ, notre humanité est un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité. Pour chaque être humain, la naissance établit un lien primordial – une communion de vie qui trouve sa source, et son premier cadre éducatif, dans la famille.]

Secondly, we are all born naked and in need. We are poor by birth, in need of bread and words, of care and affection — that is, of all that nourishes body and spirit. We know this well, and yet, as we become adults, we risk forgetting it. It is precisely those in need who suffer the greatest consequences of this forgetfulness, whenever their humanity is betrayed or cast aside, exploited or deceived. Forgetting the circumstances of our birth obscures the very idea of human life, because it detaches life from the history common to us all. Thus, life is no longer understood as a gift, but as a commodity. It is no longer viewed as a summons to care and responsibility, but as a product to be exploited. Indeed, this tragic alternative reminds us that to be human is to be free by nature. Since all of us have been children, our freedom begins with our response to the freedom of the one who first turns to us — whether with gestures of affection or rejection, of loving welcome or neglect and cruelty.

[Deuxièmement, nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’attention et d’affection – c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en devenant adultes, nous risquons de l’oublier. Ce sont précisément ceux qui sont dans le besoin qui subissent les conséquences les plus graves de cet oubli, chaque fois que leur humanité est trahie ou mise de côté, exploitée ou trompée. Oublier les circonstances de notre naissance obscurcit l’idée même de la vie humaine, car cela détache la vie de l’histoire commune à nous tous. Ainsi, la vie n’est plus comprise comme un don, mais comme une marchandise. Elle n’est plus considérée comme un appel à la bienveillance et à la responsabilité, mais comme un produit à exploiter. En effet, cette alternative tragique nous rappelle qu’être humain, c’est être libre par nature. Puisque nous avons tous été des enfants, notre liberté commence par notre réponse à la liberté de celui qui se tourne vers nous le premier – que ce soit par des gestes d’affection ou de rejet, d’accueil aimant ou de négligence et de cruauté.]

Thirdly, to keep alive the memory of our common humanity is to recognize its grandeur — that is, its immense potential — even though it is diminished by many forms of evil and injustice. Those engaged in the fields of education, science and culture are called all the more to care for every person, so that the beauty of our freedom may shine forth. This beauty has a name : justice. Freedom is indeed beautiful when it is oriented toward goodness and truth ; it is disfigured when it descends into arbitrariness, violence or the thirst for power. To be human, then, implies a responsibility before history : the human being is one who grows, learns and works with both hands and mind. By that labor, we may cultivate the earth or disfigure it, create works of art or destroy them. At this particular juncture, we must recognize that the most terrible of “human works” is war, for then science itself is placed at the service of an inhumane will to destroy and to kill.

[Troisièmement, entretenir la mémoire de notre humanité commune, c’est reconnaître sa grandeur – c’est-à-dire son immense potentiel – même si elle est diminuée par de nombreuses formes de mal et d’injustice. Ceux qui œuvrent dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture sont d’autant plus appelés à prendre soin de chaque personne, afin que la beauté de notre liberté puisse resplendir. Cette beauté a un nom : la justice. La liberté est en effet belle lorsqu’elle est orientée vers le bien et la vérité ; elle est défigurée lorsqu’elle sombre dans l’arbitraire, la violence ou la soif de pouvoir. Être humain implique donc une responsabilité devant l’histoire. L’être humain est celui qui grandit, apprend et travaille à la fois de ses mains et de son esprit. Par ce travail, nous pouvons cultiver la terre ou la défigurer, créer des œuvres d’art ou les détruire. À ce moment précis, nous devons reconnaître que la plus terrible des “œuvres humaines” est la guerre, car c’est alors que la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer.]

In this regard, the Preamble of the Constitution of UNESCO opens with words that retain a striking relevance today – as we saw at the “Wall of Peace” – : “Since wars begin in the minds of men, it is in the minds of men that the defences of peace must be constructed” (Constitution of UNESCO, Preamble, 1945). These words were written in the aftermath of the Second World War, the most devastating tragedy of the past century. Humanity had come to realize that scientific progress, when severed from wisdom, can turn into a weapon of destruction ; that culture, when subjected to ideology, can degenerate into falsehood and propaganda ; and that education, when it abandons the truth, can become an instrument for manipulating consciences. The founding States of UNESCO understood that treaties are necessary, but not sufficient in themselves. They require a culture of peace and a shared commitment to peace, which sustain them. Peace cannot be built by treaties alone, nor by compromises between opposing forces. Peace is genuine when it springs from the virtue of justice rather than from a mere contract, and from an upright will rather than from an unstable balance of interests. Indeed, only an upright will can recognize in the other a brother or sister, a person like oneself.

[À cet égard, le préambule de la Constitution de l’UNESCO s’ouvre sur des mots qui conservent aujourd’hui encore une pertinence saisissante – comme nous l’avons vu au “Mur de la paix” – : « Que, les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » (Acte constitutif de l’UNESCO, Préambule, 1945). Ces mots ont été écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la tragédie la plus dévastatrice du siècle dernier. L’humanité avait pris conscience que le progrès scientifique, lorsqu’il est dissocié de la sagesse, peut se transformer en arme de destruction ; que la culture, lorsqu’elle est soumise à l’idéologie, peut dégénérer en mensonge et en propagande ; et que l’éducation, lorsqu’elle abandonne la vérité, peut devenir un instrument de manipulation des consciences. Les États fondateurs de l’UNESCO ont compris que les traités sont nécessaires, mais qu’ils ne suffisent pas à eux seuls (qu’ils ne sont pas suffisants en eux-mêmes). Ils ont besoin d’une culture de la paix et d’un engagement commun en faveur de la paix qui les soutiennent. La paix ne peut être construite seulement par des traités, ni par des compromis entre des forces opposées. La paix est authentique lorsqu’elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d’un simple contrat, et d’une volonté droite plutôt que d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté droite peut reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur, une personne comme soi-même.]

Eighty years later, the words of your founding Charter have lost none of their force. Yet we also see how profoundly this common principle is threatened by forms of barbarity that fuel rivalry and conflict. Among the challenges facing the worlds of science and education today, I would draw particular attention to those arising from the vast field of technology. Our efforts in this domain must ensure that new technologies remain at the service of the human person, rather than becoming yet another instrument of domination and injustice.

[Quatre-vingts ans plus tard, les mots de votre Charte fondatrice n’ont rien perdu de leur force. Pourtant, nous constatons également à quel point ce principe commun est profondément menacé par des formes de barbarie qui alimentent les rivalités et les conflits. Parmi les défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les mondes de la science et de l’éducation, j’attirerais particulièrement l’attention sur ceux qui découlent du vaste domaine de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, plutôt que de devenir un instrument supplémentaire de domination et d’injustice.]

Over the centuries, many tasks once performed by human beings have been entrusted to machines, whose capabilities and applications have continued to expand. More recently, certain artificial systems have even been given the name of our human faculty of thought : intelligence. At the same time, however, our ideas and relationships risk being impoverished by a process of dehumanization. The paradox has become increasingly evident : while “intelligence” is attributed to computational systems, we struggle to recognize the inalienable dignity of human persons, whose lives are judged according to the criterion of efficiency and, when deemed no longer productive, are rejected and discarded.

[Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par des êtres humains ont été confiées à des machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de s’étendre. Plus récemment, certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Dans le même temps, cependant, nos idées et nos relations risquent d’être appauvries par un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus évident : alors que l’« intelligence » est attribuée à des systèmes informatiques, nous avons du mal à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont les vies sont jugées selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles ne sont plus considérées comme productives, sont rejetées et mises au rebut.]

This painful reality invites us to reflect both on the fragility of our human nature and on the immense dignity of every human person — a dignity that remains undiminished even in the most vulnerable circumstances, even to death itself. The human being is certainly one who is born, but also one who dies. Our dignity is not destroyed by illness or suffering, nor is it dependent upon our abilities. Rather, it calls for loving care at every stage of life.

[Cette réalité douloureuse nous invite à méditer à la fois sur la fragilité de notre nature humaine et sur l’immense dignité de chaque personne humaine – une dignité qui reste intacte même dans les circonstances les plus précaires, jusqu’à la mort elle-même. L’être humain est certes celui qui naît, mais aussi celui qui meurt. Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle appelle une attention bienveillante à chaque étape de la vie.]

For the Christian faith, the mystery of the human person finds its fullest light in Christ, who, “in the very revelation of the mystery of the Father and of his love, fully reveals humanity to itself and brings to light its very high calling” (SECOND VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Pastoral Constitution Gaudium et Spes, 22). In his light, every person appears to us as a creature willed and loved by God. This light also helps us to grasp more deeply the meaning of our shared human experience.

[Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière en Christ, qui, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 22). À sa lumière, chaque personne nous apparaît comme une créature voulue et aimée de Dieu. Cette lumière nous aide également à saisir plus profondément le sens de notre expérience humaine commune.]

Ladies and Gentlemen, as men and women of science, you are called to cooperate unremittingly in the name of our common history, so that, from a diversity of perspectives, a convergence of vision may emerge, and from this convergence, a harmony of action. This harmony is expressed in the work of UNESCO when it gives a symphonic voice to the highest aspirations for the good and the care of humanity. Where there is harmony, different voices find agreement, and the nations you represent are thus brought together in concord.

[Mesdames et Messieurs, en tant qu’hommes et femmes de science, vous êtes appelés à coopérer sans relâche au nom de notre histoire commune, afin que, d’une variété de perspectives, puisse émerger une vision commune, et de cette vision commune, une action concertée. Cette harmonie s’exprime dans l’œuvre de l’UNESCO lorsqu’elle donne une voix symphonique aux plus hautes aspirations pour le bien et le soin de l’humanité. Là où règne l’harmonie, les voix différentes trouvent un accord, et les nations que vous représentez sont ainsi réunies dans la concorde.]

In this regard, I would like to appeal to two images from the Bible, the great cultural treasury of humanity. They are the tower of Babel and the public square of Pentecost. I offer them as ways of representing the unity of the human family, which, even today, is continually called to discern its proper direction and the meaning of the history in which it is immersed. These biblical narratives portray two forms of life in society that invite us to reflect upon the circumstances of our own time.

[À cet égard, je voudrais faire appel à deux images tirées de la Bible, le grand trésor culturel de l’humanité. Il s’agit de la tour de Babel et de la place publique de la Pentecôte. Je les propose comme moyens de représenter l’unité de la famille humaine qui, aujourd’hui encore, est sans cesse appelée à discerner la voie qui lui est propre, ainsi que le sens de l’histoire dans laquelle elle est plongée. Ces récits bibliques dépeignent deux formes de vie en société qui nous invitent à réfléchir sur la réalité de notre temps.]

The tower of Babel represents a unity imposed through domination (cf. Gen 11:4). At the same time, this edifice reveals that the more power seeks to oppress, the more it weakens itself, exposing its inhumane face. We see this in the suffering and injustice caused by despotism, as well as in forms of exploitation that damage both society and the environment. As history teaches us, many empires have reveled in their power before being consumed by it and collapsing like a tower. The outcome of this pride, exalted and then brought low, is dispersion. The presumption of making oneself like God and subjecting peoples to a single yoke leads to a confusion of languages and a failure to understand one another. Instead of reaching heaven, as it presumed to do, the tower of Babel collapsed, with a twofold negative result. Since the unity it imposed was forced, the diversity that followed its collapse turned into a source of conflict. Today, the temptation of Babel reappears in a globalization pursued without fraternity, in rapacious forms of neocolonialism, in ideological impositions and in all those “contacts without bonds” that reduce human life to commerce (cf. INTERNATIONAL THEOLOGICAL COMMISSION, Quo Vadis, Humanitas ?, 42). Science itself, when reduced to a technique of power, no longer serves to elevate the human person, but instead risks degrading the fruits of human endeavor.

[La tour de Babel représente une unité imposée par la domination (cf. Gn 11, 4). En même temps, cet édifice révèle que plus le pouvoir cherche à opprimer, plus il s’affaiblit lui-même, dévoilant ainsi son visage inhumain. Nous le constatons dans les souffrances et les injustices causées par le despotisme, ainsi que dans les formes d’exploitation qui nuisent tant à la société qu’à l’environnement. Comme l’histoire nous l’enseigne, de nombreux empires se sont enivrés de leur puissance avant d’être consumés par celle-ci et de s’effondrer comme une tour. Le résultat de cette fierté, d’abord exaltée puis abaissée, est la dispersion. La prétention de se faire l’égal de Dieu et de soumettre les peuples à un joug unique conduit à une confusion des langues et à une incompréhension mutuelle. Au lieu d’atteindre le ciel, comme elle prétendait le faire, la tour de Babel s’est effondrée, avec un double résultat négatif. Comme l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui a suivi son effondrement s’est transformée en source de conflit. Aujourd’hui, la tentation de Babel réapparaît dans une mondialisation poursuivie sans fraternité, dans des formes rapaces de néocolonialisme, dans les impositions idéologiques et dans tous ces « contacts sans liens » qui réduisent la vie humaine au commerce (cf. Commission Théologique Internationale, Quo Vadis, Humanitas ?, n. 42). La science elle-même, lorsqu’elle est réduite à une technique de pouvoir, ne sert plus à élever la personne humaine, mais risque au contraire de dégrader les fruits de l’activité humaine.]

Today, in particular, we possess the means to connect people and continents instantaneously, yet, at the same time, we are witnessing new forms of isolation, material and spiritual poverty, and abandonment. Communication has become much faster, but not necessarily more truthful. Information is abundant, but is not synonymous with wisdom. Without a shared ethical foundation, the many channels of communication risk multiplying false information and giving currency to words devoid of meaning, thereby hindering dialogue rather than fostering it.

[Aujourd’hui, en particulier, nous disposons des moyens de relier instantanément les personnes et les continents ; pourtant, dans le même temps, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’isolement, de pauvreté matérielle et spirituelle, et d’abandon. La communication est devenue beaucoup plus rapide, mais pas nécessairement plus véridique. L’information est abondante, mais elle n’est pas synonyme de sagesse. Sans un fondement éthique commun, les nombreux canaux de communication risquent de multiplier les fausses informations et de donner cours à des mots vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser.]

Artificial intelligence amplifies this problem. Although such systems can correlate data, they cannot answer questions that concern the meaning of human life, which is rooted in lived experience. Yet human beings cannot live without meaning. Meaning is the oxygen of the mind. For this reason, the challenges of communication, which are always challenges of education as well, make the search for truth a matter of social justice and historical equity. That is why education in this area is essential, and I welcome UNESCO’s initiative through its Media and Information Literacy (MIL) program, which promotes the responsible use of media and digital tools.

[L’intelligence artificielle amplifie ce problème. Bien que ces systèmes puissent établir des corrélations entre les données, ils ne peuvent répondre aux questions qui concernent le sens de la vie humaine, lequel trouve ses racines dans l’expérience vécue. Or, les êtres humains ne peuvent vivre sans sens. Le sens est l’oxygène de l’esprit. C’est pourquoi les défis de la communication, qui sont toujours aussi des défis de l’éducation, font de la recherche de la vérité une question de justice sociale et d’équité historique. C’est pourquoi l’éducation dans ce domaine est essentielle, et je salue l’initiative de l’UNESCO à travers son programme d’éducation aux médias et à l’information (EMI), qui promeut l’utilisation responsable des médias et des outils numériques.]

Indeed, without truth, language becomes subject to the logic of violence and to the arbitrary will of the powerful. Others are then excluded in the name of profit, and the innocent are killed in the name of freedom. Instead of respecting the law, those in power invoke it when it serves their interests and disregard it when it restrains them, treating even justice itself as though it were a commodity to be bought and sold. If we realize that the corruption of the law begins with the corruption of the heart, we can recognize how every science risks losing its proper meaning when pursued without ethics, and thus ceasing to serve and reflect human dignity.

[En effet, sans vérité, le langage devient soumis à la logique de la violence et à la volonté arbitraire des puissants. D’autres sont alors exclus au nom du profit, et des innocents sont tués au nom de la liberté. Au lieu de respecter la loi, ceux qui détiennent le pouvoir l’invoquent lorsqu’elle sert leurs intérêts et la bafouent lorsqu’elle les entrave, traitant la justice elle-même comme s’il s’agissait d’une marchandise que l’on peut acheter et vendre. Si nous prenons conscience que la corruption de la loi commence par la corruption du cœur, nous pouvons reconnaître à quel point toute science risque de perdre son sens véritable lorsqu’elle est pratiquée sans éthique, et cesse ainsi de servir et de refléter la dignité humaine.]

In this regard, I encourage the international community as a whole to devote particular attention to the protection of children and young people. In the digital age, their vulnerability must never become an opportunity for exploitation. May these technologies support their growth, education and relationships, safeguarding their freedom to think and discern, and always remaining at the service of the dignity of the human person.

[À cet égard, j’encourage la communauté internationale dans son ensemble à accorder une attention particulière à la protection des enfants et des jeunes. À l’ère numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir une occasion d’exploitation. Puissent ces technologies soutenir leur croissance, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de penser et de discerner, et en restant toujours au service de la dignité de la personne humaine.]

The corruption of culture which we are considering finds its redemption in the public square of Pentecost. There, a message of peace is received as good news by people of every nation. This message proclaims the resurrection of Jesus, that is, the victory of life over death and the salvation that gives hope to the world. On the day of Pentecost, the public square becomes a place where the peace that heals every offence against the human person is celebrated. Each one present heard the message “in his own native language” (cf. Acts 2:8). Communion in no way suppresses diversity. Rather, it enables diversity to flourish in the harmony of voices and faces. In the proclamation of peace, the richness of cultures becomes a bearer of a universal truth. Biblical teaching thus shows us the way to achieve what we all seek : “that unity which does not cancel out differences but values the personal history of each person and the social and religious culture of every people” (Homily at the Mass for the Beginning of the Pontificate, 18 May 2025). It is not the domination of Babel, but the peace of Pentecost, that makes such communion among all peoples possible. Every culture, therefore, realizes its highest wisdom when it seeks peace and the good of all, bearing witness to the authentic meaning of our humanity.

[La corruption de la culture que nous examinons trouve sa rédemption sur la place publique de la Pentecôte. Là, un message de paix est accueilli comme une bonne nouvelle par les peuples de toutes les nations. Ce message proclame la résurrection de Jésus, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort et le salut qui donne de l’espoir au monde. Le jour de la Pentecôte, la place publique devient un lieu où l’on célèbre la paix qui guérit toute atteinte à la personne humaine. Chacun des présents a entendu le message “dans sa propre langue maternelle” (cf. Ac. 2, 8). La communion ne supprime en rien la diversité. Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. Dans la proclamation de la paix, la richesse des cultures devient porteuse d’une vérité universelle. L’enseignement biblique nous montre ainsi la voie pour atteindre ce que nous recherchons tous : « cette unité qui n’annule pas les différences, mais valorise l’histoire personnelle de chaque personne et la culture sociale et religieuse de chaque peuple » (Homélie lors de la messe d’intronisation, 18 mai 2025). Ce n’est pas la domination de Babel, mais la paix de la Pentecôte, qui rend possible une telle communion entre tous les peuples. Chaque culture, par conséquent, réalise sa sagesse la plus élevée lorsqu’elle recherche la paix et le bien de tous, témoignant ainsi du sens authentique de notre humanité.]

Those engaged in education know that only the truth sets us free. Those who teach and those who conduct research know that error enslaves us to ignorance and superstition. Whenever we encounter obstacles to our mission, let us remember that there is one earth for all and a common human nature. The human being cannot be understood by separating what belongs together : body and soul, personal life and relationships, our relationship with others and with the environment. All form part of the unity of our existence. For this reason, cultivating the earth also means cultivating the humanity that inhabits it. Education and science are called to this task. Indeed, it is no coincidence that every culture, according to the very etymology of the word, is an act of cultivation. I therefore renew the appeal of my predecessors to care together for the human person and for creation : Pope Benedict XVI spoke of the need for an ecology of the human person, while Pope Francis developed the perspective of integral ecology (cf. Benedict XVI, Address to the Bundestag, 22 September 2011 ; Francis, Encyclical Letter Laudato Si’, 137–162).

[Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation savent que seule la vérité nous rend libres. Ceux qui enseignent et ceux qui mènent des recherches savent que l’erreur nous asservit à l’ignorance et à la superstition. Chaque fois que nous rencontrons des obstacles à notre mission, rappelons-nous qu’il n’y a qu’une seule Terre pour tous et une nature humaine commune. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, notre rapport aux autres et à l’environnement. Tout cela fait partie de l’unité de notre existence. C’est pourquoi cultiver la terre, c’est aussi cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, ce n’est pas un hasard si chaque culture, selon l’étymologie même du mot, est un acte de culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin ensemble de la personne humaine et de la création : le Pape Benoît XVI a évoqué la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que le Pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Bundestag, 22 septembre 2011 ; François, Lett. enc. Laudato Si’, nn. 137–162).]

The touchstone by which we can assess our commitment is the care we show for the littlest and for the poor : children in their mothers’ wombs andin the various theaters of war, persons with physical and intellectual disabilities, the elderly, migrants, refugees, and all those arrogantly excluded as unproductive. They are the true test of our claims to respect human dignity, and their protection and promotion extend also to creation. Opposed to this is a will to exploit and plunder, extracting as much as possible from every living being, consuming without safeguarding, destroying without cultivating. Thus, the present ecological crisis is an anthropological crisis ; moreover, the Church is convinced that every culture bears within itself a wisdom that matures in an ecosystem of peoples. The human person’s habitat is society — not a merely physical environment, such as the desert or the ocean for animals, but a moral and relational one. Where social peace prevails, peoples flourish in justice.

[La pierre de touche qui nous permet d’évaluer notre engagement est l’attention que nous portons aux plus petits et aux pauvres : les enfants dans le sein de leur mère et sur les différents théâtres de guerre, les personnes souffrant d’un handicap physique ou intellectuel, les personnes âgées, les migrants, les réfugiés, ainsi que tous ceux qui sont exclus avec arrogance au motif qu’ils ne sont pas productifs. Ils constituent le véritable critère de vérification de nos prétentions à respecter la dignité humaine, et leur protection et leur promotion s’étendent également à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploiter et de piller, en tirant le maximum de chaque être vivant, en consommant sans préserver, en détruisant sans cultiver. Ainsi, la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture porte en elle une sagesse qui mûrit au sein d’un écosystème de peuples. L’habitat de la personne humaine c’est la société – non pas un environnement purement physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un environnement moral et relationnel. Là où règne la paix sociale, les peuples s’épanouissent dans la justice.]

C’est donc là que l’UNESCO trouve la synthèse de ses hautes missions éducatives et scientifiques : dans le travail patient de construction de la paix. Face aux nombreuses et complexes urgences de notre époque, le monde considère les institutions internationales avec des sentiments contrastés. D’une part, celles-ci sont appelées à relever des défis qu’aucun État ne peut affronter seul. D’autre part, ces mêmes institutions traversent une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est considéré comme un frein à l’action au lieu d’une ressource pour la paix ; comme une forme d’hypocrisie plutôt que comme une occasion de rechercher ensemble le bien. Face à ces dérives, il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. Que l’UNESCO témoigne donc de cet espoir en favorisant l’entente entre les nations, par le dialogue entre leurs cultures respectives. Nous croyons, en effet, que l’éducation est l’instrument qui permet de surmonter les peurs réciproques et que la science peut être au service de la vie de chaque être humain, en semant aujourd’hui les graines d’une bonne récolte pour l’avenir. Cette confiance nourrit notre espérance dans la charité, c’est-à-dire dans le service pour le bien du prochain : en nous consacrant tous, avec cohérence, à notre magnifique humanité, la paix pourra enfin s’épanouir.

Alors que nous coopérons à cette œuvre, les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos interrogations face à l’origine de la vie et à sa fin, en élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. En effet, lorsque les hommes et les femmes de bonne volonté orientent leurs actions vers Dieu, le pluralisme des cultures ne se disperse pas dans le désordre de Babel. L’humanité se retrouve au contraire dans une recherche commune de sens, et vers une destinée qui n’est pas la mort. Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs.

Je souhaite donc que notre rencontre renforce l’engagement de chacun à œuvrer sans relâche pour que la conscience d’appartenir à une seule famille humaine devienne plus vivante, plus active et plus juste. À cet égard, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à l’ensemble du personnel de l’UNESCO, qui accomplit avec compétence et dévouement cette mission si noble : édifier la paix en cultivant toutes les sciences et tous les arts de l’homme.

Je vous adresse ces paroles à vous tous, aux peuples que vous représentez, et tout particulièrement aux jeunes. Ce sont en effet les nouvelles générations qui observent avec le plus d’attention notre action. Tout en soutenant leurs aspirations à la justice, c’est avec gratitude et estime que j’invoque sur vous tous et sur vos nations l’abondance des bénédictions de Dieu, Créateur tout-puissant et miséricordieux. Merci.

Le sens de l’activité humaine dans l’univers 

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En poursuivant notre parcours à travers la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile œcuménique Vatican II, nous arrivons au troisième chapitre de la première partie, qui porte un titre captivant : « L’activité humaine dans l’univers ». La question fondamentale est la suivante : quelle est la valeur de l’activité humaine dans le monde et, par conséquent, du progrès technique, social et scientifique ? Rappelons que, moins de quatre ans après la clôture du Concile, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’homme allait poser le pied sur la Lune pour la première fois.

Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’être humain est sujet du progrès. Grâce à sa liberté et à son intelligence, il enrichit ses connaissances, faisant ainsi progresser la société tout entière. Nous le constatons aisément en observant l’amélioration des conditions de vie au fil des générations. En effet, dit le Document, « il en résulte que l’homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu’il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. » (n°33).

C’est pourquoi certains penseurs ont présenté le progrès technico-scientifique comme un facteur qui affaiblit la relation avec Dieu, au point de la faire paraître superflue, voire comme un antagoniste de la foi chrétienne. Et cette interprétation a entraîné un changement de regard sur le monde de la part de l’homme contemporain, par rapport aux époques précédentes. Un tel préjugé s’affirme surtout dans cette partie de la culture occidentale qui a perdu son ancrage dans la Révélation chrétienne. Dans les humanismes post-chrétiens, l’être humain et Dieu sont présentés à tort comme des rivaux : pour affirmer ses connaissances, sa liberté et son progrès, l’homme devrait s’émanciper de Dieu. Mais en fin de compte, en niant la relation avec Dieu, on perd aussi la possibilité d’affirmer la valeur transcendante de la personne humaine. C’est le « drame de l’humanisme athée », bien décrit par un éminent théologien du Concile Vatican II, Henri de Lubac. [1]

Le Concile souhaite apporter une réponse claire : « Pour les croyants – affirme Gaudium et Spes –, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (n°34). Mieux encore, poursuit la Constitution, « loin d’opposer les conquêtes du génie et du courage de l’homme à la puissance de Dieu et de considérer la créature raisonnable comme une sorte de rivale du Créateur, les chrétiens sont au contraire bien persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » ( ibid.). En substance, Dieu a remis entre les mains de l’homme et de la femme une création encore in statu viae, c’est-à-dire en chemin, en pleine croissance, afin qu’ils la mènent à son accomplissement par leur activité avisée. [2]

On trouve ici une référence importante au mystère de l’Incarnation. L’humanité – et avec elle le travail, le progrès et l’autonomie des réalités créées – n’est ni absorbée ni annulée par la rencontre avec Dieu, mais assumée dans son intégralité, continuant d’être, en Christ, libre et active : en effet, c’est en Lui qu’elle trouve pleine vérité et liberté. De plus, lors de la célébration eucharistique, le fruit du travail humain, représenté par le pain et le vin, est déposé chaque jour sur l’autel, pour être transformé en Corps et en Sang du Christ.

De cette perspective découle une vérité importante : pour rencontrer Dieu, l’être humain ne doit pas abandonner ses occupations terrestres, mais il peut vivre pleinement sa vocation en accomplissant bien son travail quotidien et en le sanctifiant. [3] Les chrétiens sont engagés, comme tout le monde, dans l’édification de la cité des hommes, en visant la fin de toutes choses et la rencontre avec Dieu, et en rappelant cette fin ultime à ceux avec qui ils partagent l’aventure du progrès, de la science et de la vie.

Certes, il faut bien distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ ; toutefois, le Concile affirme que « ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. […] Tous ces fruits de notre nature et de notre industrie, que nous aurons propagés sur terre selon le commandement du Seigneur et dans son Esprit, nous les retrouverons plus tard, mais purifiés de toute souillure, illuminés, transfigurés » (n° 39).

Enfin, rappelons que pour devenir un véritable progrès humain – c’est-à-dire celui de tout l’homme et de tous les hommes –, le progrès technique et scientifique doit être animé et orienté par la charité. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra toujours être mis au service de la dignité de l’homme et favoriser l’amélioration des conditions de vie de tous, en particulier des plus défavorisés.

Chers frères et sœurs, le Concile Vatican II nous invite à partager le pain du savoir et du savoir-faire, afin que chaque homme et chaque peuple puisse développer son potentiel et qu’ensemble, nous puissions construire, avec l’aide de Dieu, un avenir meilleur.

Que Dieu vous bénisse !

La communauté humaine

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En consacrant son deuxième chapitre à la « communauté humaine », la Constitution Gaudium et spes (GS) invite à considérer la « multiplication des relations entre les hommes » comme « l’un des aspects les plus importants du monde d’aujourd’hui » (n° 23). Cette réalité doit cependant trouver son accomplissement « plus profondément au sein de la communauté des personnes », pour laquelle est indispensable « un respect réciproque de leur pleine dignité spirituelle » (ibid.).

Ce sont là des affirmations qui, de nos jours, revêtent une urgence accrue. D’une part, en effet, le développement technologique, la diffusion des mass-médias et des réseaux sociaux, le recours toujours croissant à l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles possibilités, en abattant les barrières et les distances ; d’autre part, les relations tendent à devenir de moins en moins personnelles, de plus en plus virtuelles, et l’on risque de s’habituer à déléguer aux algorithmes des décisions qui ne relèvent que de la conscience humaine. Veiller à ce que les relations sociales aient une réelle épaisseur et une profondeur personnelle est, à cet égard, la contribution que la communauté chrétienne se propose d’offrir.

Le Concile invite à puiser critères et force dans le projet créateur de Dieu, qui a voulu que « tous les hommes forment une seule famille et se traitent les uns les autres comme des frères » ; c’est pourquoi « l’amour de Dieu et du prochain est le premier et le plus grand commandement », qui a trouvé en Christ sa pleine révélation et son accomplissement parfait (cf. GS, 24).

Le perfectionnement de la personne humaine et le développement de la société doivent être considérés comme étroitement interdépendants : les opposer ou les séparer reviendrait à les réduire à néant. L’histoire, même la plus récente, confirme clairement cette vérité ; c’est pourquoi il ne faut pas se lasser de réaffirmer, avec les Pères de Vatican II, que « la personne humaine, qui, par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales » (GS, 25).

Dans cette perspective, Gaudium et spes affirme que la diversité des personnes et des peuples dans le monde ne doit pas être considérée comme un danger ou une menace, mais comme un potentiel d’enrichissement et de croissance. L’opposition, qui dégénère parfois en violence, est le fruit du pouvoir du péché et de la manière dont celui-ci conditionne les mentalités et les actions, à tous les niveaux, provoquant destruction et mort. Il faut s’ouvrir toujours davantage à la logique de la réciprocité, du partage et de la sollicitude, comme c’est le cas également entre les différents membres du corps humain (cf. 1Co 12, 21-25).

À ce stade, la Constitution pastorale propose également une définition concise du « bien commun », en rappelant qu’il consiste en « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » (GS, 26). Dans le même temps, reconnaissant l’interdépendance entre les peuples, elle affirme que « chaque groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes, et plus encore du bien commun de l’ensemble de la famille humaine » (GS, 26).

Partant de cette approche, les Pères conciliaires indiquent ensuite certaines « conséquences pratiques d’une urgence particulière » (GS, 27). Tout d’abord, le respect de la personne humaine. Gaudium et spes déclare : « tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d’homicide, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré ; tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, la torture physique ou morale, les contraintes psychologiques ; tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, le commerce des femmes et des jeunes ; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailleurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et responsable : toutes ces pratiques et d’autres analogues sont, en vérité, infâmes » (ibid.).

Deuxième conséquence : le respect et l’amour même envers les adversaires ou ceux dont les façons de penser et d’agir diffèrent des nôtres (cf. GS, 28).

Troisièmement : l’égalité fondamentale de tous les hommes, qui exige la justice sociale. Le Document affirme : « toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit sociale ou culturelle, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu » (GS, 29).

Enfin, les Pères conciliaires exhortent à dépasser la mentalité individualiste et à adopter une attitude de responsabilité et de participation (cf. GS, 30-31).

Chers frères et sœurs, cette vision de l’humanité comme « communauté de personnes » est un héritage précieux que le Concile Vatican II nous a laissé. Elle nous aide tous à exercer un discernement personnel et communautaire, afin d’évaluer de manière responsable les projets sociaux et politiques d’aujourd’hui, selon les critères de la dignité de la personne humaine, de la justice sociale et de la libre participation à la construction du bien commun. Car l’avenir de l’humanité dépend de l’engagement de chacun à collaborer avec Dieu et avec ses frères pour construire un monde plus humain (cf. GS, 30).

La dignité humaine : don et responsabilité

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement et la condition de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).

Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.

L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne. J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas : « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50). La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).

C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).

La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.

Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).

La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.

Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17). Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.

Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.

L’Église à l’écoute et au service du monde

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous entamons aujourd’hui une réflexion sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, par laquelle le Concile Vatican II a souhaité approfondir un thème fondamental, à savoir la relation de l’Église avec le monde contemporain. Saint Jean XXIII, dès son discours inaugural du 11 octobre 1962, avait tenu à se démarquer des « prophètes de malheur » qui, « bien qu’animés d’un zèle religieux […] ne cessent de répéter que notre époque, comparée aux siècles passés, est bien pire ; et vont jusqu’à se comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire » (Discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, 4.2). D’où la tâche confiée aux Pères conciliaires : « Dans l’état actuel des événements humains, où l’humanité semble entrer dans un nouvel ordre des choses, il faut plutôt y voir les desseins mystérieux de la Divine Providence, qui se réalisent au fil du temps par l’œuvre des hommes, et souvent au-delà de leurs attentes, et qui, dans sa sagesse, dispose de tout, même des événements humains défavorables, pour le bien de l’Église » (Gaudet Mater Ecclesia, 4.4).

Trois ans plus tard, la promulgation de Gaudium et spes reconnaissait dans ce discernement un élément essentiel de la nature de l’Église, décrivant son caractère pastoral comme constitutif : d’où la définition de “Constitution pastorale”. Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, mais d’une fidélité renouvelée au Mystère du Christ qui, en s’incarnant, choisit de partager notre vie : il s’est rendu « en tout semblable à ses frères » (Hé 2, 17 ; cf. 4, 15) et a pris sur lui les conséquences du péché, mourant « en rançon pour tous » (1Tm 2, 6). Ce partage avec l’humanité est la voie que le Christ demande à l’Église ; c’est pourquoi la Constitution conciliaire Gaudium et Spes s’ouvre en déclarant que l’Église fait siennes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (GS 1).

C’est un partage qui nous appelle à sortir de toute passivité et indifférence face aux événements qui se produisent, à l’histoire et à la vie des personnes, surtout face au changement rapide et profond que nous vivons aujourd’hui. Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer. Avec le Christ et soutenus par la force de son Esprit, les croyants sont appelés à prendre en charge les difficultés de leurs frères et sœurs, en particulier celles et ceux qui sont écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence. En effet, ce n’est que par le partage et l’engagement qu’il est possible de parvenir à des réponses adéquates, toujours soutenues par la certitude « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous »(Rm 8, 18).

En ce sens, la proximité avec l’humanité ouvre la voie à une lecture plus profonde des événements et de la Révélation elle-même ; dans cette même perspective, Gaudium et Spes rappelle le « devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (GS 4). Cette constitution conciliaire a donc appelé l’Église à un engagement permanent de conversion, afin de témoigner qu’elle n’est mue par « aucune ambition terrestre », mais qu’elle « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3). Il ne s’agit pas, en effet, d’une disposition purement morale. Le pape François nous a rappelé que, pour l’Église, « l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, 198).

Le partage chrétien nous engage à prendre en charge la réalité et aussi à mettre à nu les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain : par exemple, un progrès scientifique et technologique qui offre sans cesse de nouvelles possibilités, mais uniquement à certains, et que l’être humain ne parvient pas toujours à mettre « à son service » ; ou une connaissance plus claire des « lois de la vie sociale », accompagnée toutefois d’incertitudes « quant à la direction à lui donner » ; ou encore, une plus grande disponibilité de « richesses, de possibilités et de puissance économique », qui, malheureusement, aujourd’hui comme à l’époque du Concile, laisse « une grande partie des habitants de la planète […] encore en proie à la faim et à la misère » (GS 4) ; ou encore, une prise de conscience partagée que l’avenir de la planète est en jeu et, en même temps, l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix.

À une époque marquée par de profonds changements, d’où découlent des déséquilibres préoccupants, l’Église est appelée à servir l’être humain, en écoutant et en accueillant les interrogations les plus profondes de son cœur et les aspirations qui l’habitent, en désignant en Christ « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine » (GS 10). C’est pourquoi, dans l’Église, à tous les niveaux et à toutes les époques, doit se réaliser la kénose miséricordieuse du Christ qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, […] devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).

Les raisons de la réforme liturgique

Chers frères et sœurs,

Dans cette dernière catéchèse sur la Constitution Sacrosanctum Concilium, je voudrais m’arrêter sur les raisons pour lesquelles les Pères conciliaires ont voulu promouvoir une réforme de la liturgie. À cet égard, la troisième Lettre du Concile que le cardinal Giovanni Battista Montini, alors archevêque de Milan, a adressée le 28 octobre 1962 aux fidèles de son Église est très éclairante. La liturgie – écrivait-il – « est l’expression sincère tant du divin que de l’humain. C’est un langage. C’est, d’une part, un vecteur d’enseignement divin, et, d’autre part, la voix d’un dialogue avec Dieu. Il est clair qu’elle ne peut renoncer à sa fonction didactique, et qu’elle ne peut manquer d’offrir à la foi et à la piété la possibilité de s’exprimer avec une intelligibilité spontanée » [1] . Animé par ces convictions, le futur pape saint Paul VI affirmait que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester muets et passifs. Leur présence matérielle ne peut s’accorder avec leur absence spirituelle ». [2]

La concordance entre ces déclarations et celles qui figureront au n°48 de la Constitution conciliaire est évidente : « l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux ». On perçoit dans ces paroles une prise de conscience renouvelée de la valeur de la liturgie. À travers les actions rituelles de l’Église, tandis que s’accomplit le mémorial de l’œuvre du salut, la possibilité est donnée de vivre la véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Puisque les gestes, les paroles de la sainte liturgie sont décisifs pour réaliser cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive.

La réforme conciliaire, en mettant au centre ce qui constitue le cœur de l’expérience ecclésiale, a voulu faire resplendir la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée » [3] . De cette conviction est née la nécessité de rendre la richesse des textes bibliques et des prières, plus accessible à tous les fidèles, et de simplifier l’ordre de la célébration par rapport à celui prévu dans les livres liturgiques alors en vigueur.

La liturgie, en effet, étant une réalité vivante, a toujours été soumise, au fil des siècles, à des évolutions et à des changements. Le Magistère en a adapté les formes aux exigences des différentes époques. Il n’est donc pas surprenant que le Concile Vatican II, dans le plus grand respect du patrimoine de la tradition, et précisément afin de le rendre plus accessible, ait jugé nécessaire une révision des livres liturgiques.

L’objectif qui tenait à cœur aux Pères est énoncé au n° 21 de la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire. » C’est à l’encyclique Mediator Dei du pape Pie XII que remonte la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins, immuables, et les éléments humains, qui, eux, « peuvent subir diverses modifications, approuvées par la sainte Hiérarchie assistée par le Saint-Esprit, selon les exigences des temps, des choses et des âmes » (Acta Apostolicae Sedis 39, 1947, 541-542).

D’ailleurs, le désir d’une « réforme générale » n’était pas né du jour au lendemain, mais s’était manifesté dans l’action des papes qui s’étaient succédé depuis le début du XXe siècle, en accord avec les revendications du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « comme des étrangers ou des spectateurs muets » avait déjà été reprise par la Constitution apostolique Divini Cultus de Pie XI. On peut en outre rappeler les interventions de Pie XII sur l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a replacés aux heures correspondant aux événements pascaux, après qu’ils avaient été avancés pendant des siècles aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire une simplification des rubriques du Bréviaire et du Missel, qu’il a approuvée par le Motu proprio Rubricarum instructum, du 25 juillet 1960, dans lequel il renvoyait au Concile œcuménique annoncé la proposition des principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.

La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II s’inscrit donc dans le sillage de la tradition vivante de l’Église. Sa juste compréhension permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore parfois aujourd’hui, en absolutisant ou en interprétant de manière erronée certains des principes qui étaient à la base de la réforme elle-même.

À cet égard, il convient de rappeler que la Constitution conciliaire affirme que « les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint rassemblé et ordonné sous la conduite des évêques. C’est pourquoi ces actions appartiennent à l’ensemble du corps de l’Église, elles le manifestent et l’impliquent » (Sacrosanctum Concilium, n° 26).

Il incombe donc en premier lieu aux pasteurs, aux évêques, mais aussi à chaque prêtre, de préserver et de promouvoir une liturgie qui, dans le respect des normes liturgiques, resplendisse par sa noble simplicité (cf. n° 34) et manifeste ainsi l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Une telle liturgie sera également un vecteur fondamental d’évangélisation, l’instrument de grâce par lequel, comme l’enseigne le Concile, nous pourrons apprendre à nous offrir nous-mêmes et, par la médiation du Christ, nous serons consommés dans l’unité avec Dieu et entre nous (cf. n° 48).

Je vous invite à ouvrir vos cœurs et vos intelligences au mystère présenté par l’Église au cours de la liturgie en manifestant ainsi, à travers votre participation active, la transformation intérieure opérée par les rites, les gestes, les chants et les silences qui, tous, révèlent la présence vivante du Christ.

Je vous bénis de tout cœur !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Seigneur Jésus, fais que nous aimions la vie comme Toi tu l’aimes : avec tendresse, fidélité et don total de soi. Que nous sachions proclamer, par nos paroles et nos gestes, que chaque vie humaine mérite le don total de nous-mêmes”

Le mystère eucharistique

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II, en particulier sur la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), sur la liturgie.

Lorsque saint Augustin veut expliquer aux nouveaux baptisés le mystère du Corps du Christ, il reprend le passage de saint Paul que nous venons d’entendre : « Vous êtes le corps du Christ et, chacun selon sa part, ses membres » (1 Co 12, 27). Et il ajoute : « C’est votre mystère que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : “Le corps du Christ”, et vous répondez : “Amen”. Soyez donc des membres du corps du Christ, afin que votre “Amen” soit vrai. […] Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes » (Sermon 272, PL 38, 1247).

Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).

L’assemblée liturgique offre le Sacrifice « non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui » (SC, 48). Dans cette perspective, l’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens (cf. He 13, 16 ; Rm 12, 1), en tant que voie d’union avec Dieu et d’union réciproque. En y participant, ils apprennent « à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être consumés, par le Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux » (ibid.). Ainsi, en nous unissant au Christ, l’Eucharistie nous enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Ce don nous fait donc entrer dans la dynamique de l’unité, qui offre un puissant antidote aux germes de division qui minent notre monde, nos communautés, nos familles, notre cœur (cf. SC, 47).

Très chers, lorsque nous participons à l’Eucharistie, nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu et à nous nourrir à la table du Seigneur, où Lui-même s’offre au Père. Ces deux parties de la Messe, la Liturgie de la Parole et la Liturgie eucharistique, « sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte » (SC, 56).

En ce qui concerne la Parole, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’acquérir une connaissance intellectuelle des Écritures, mais de recevoir la Parole « vivante et efficace » (He 4, 12), adressée par Dieu à tous et en même temps à chacun, Parole qui nourrit et alimente ensemble avec le Pain eucharistique, et nous fait passer de la décadence du péché à la vie nouvelle en Christ. « L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 55).

Le Concile œcuménique Vatican II a demandé « d’ouvrir plus largement les trésors de la Bible, afin que la table de la Parole de Dieu soit offerte aux fidèles avec une plus grande abondance » (SC, 51). La réforme liturgique a traduit cette demande par ce trésor qu’est le Lectionnaire, c’est-à-dire le livre qui rassemble toutes les Lectures bibliques destinées aux célébrations liturgiques. Cette richesse a été puisée à la source la plus pure de la Tradition vivante, qui allie la « fidélité à la tradition » à l’« ouverture à un progrès légitime » (SC, 23).

Le début du chapitre II de la Constitution sur la Liturgie est tissé de références au grand fleuve de la Tradition, qui s’étend des Pères de l’Église jusqu’à nous. Je cite : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné » (SC, 47).

Chers frères et sœurs, puisons avec foi à cette source de vie divine et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.

Le Voyage apostolique en Espagne

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux !” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde « avec les yeux de Dieu », c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

RENCONTRE AVEC LES ACTEURS DE L’INTÉGRATION DES MIGRANTS

Chers frères et sœurs,

c’est un plaisir pour moi de partager ce moment avec vous ici, à San Cristóbal de La Laguna, siège de ce diocèse. J’ai été frappé par ce qu’on dit de cette ville : c’est une ville sans murailles, une ville ouverte.

Peut-être ce détail nous aidera-t-il à comprendre que les barrières les plus difficiles à abattre ne sont pas toujours faites de pierre. Parfois, elles se trouvent dans le regard, dans la peur ou dans l’indifférence. Entourant ces îles, la mer nous livre des histoires que nous ne savons pas toujours déchiffrer : des histoires de douleur, d’espoir et de quête. Dans une ville sans murailles, le cœur, lui aussi, est convié à s’ouvrir pour les accueillir. Voilà pourquoi nous devons apprendre le langage de la proximité, celui qui se passe des mots pour s’exprimer par les mains

Le braille et d’autres formes d’écriture tactile nous rappellent que La parole peut également trouver son chemin par le toucher. De même, l’intégration exige d’apprendre à lire autrement. Il y a des regards qui voient et pourtant ne reconnaissent pas ; ils transforment un visage en chiffre, une histoire en dossier et une différence en distance. C’est pourquoi l’Évangile nous éduque à une lecture plus profonde de la réalité : celle qui naît de la proximité, de la patience et de mains capables d’aider, d’accompagner, d’orienter, d’enseigner et d’ouvrir des chemins.

Dans les œuvres d’intégration de nos frères – comme dans toute œuvre de charité – l’Église apprend à lire dans la vie concrète de ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur esprit un signe vivant qui renvoie aux saints Évangiles et qui devient lisible au toucher et par la proximité, lorsque nous touchons les blessures des autres. Comme Thomas devant le corps glorieux du Ressuscité, l’Église apprend aussi que, par le regard de la foi, les blessures se transforment en lieux de reconnaissance : là où la douleur humaine est touchée par l’amour, le Christ nous confirme Sa présence à travers le visage de celui qui a faim, qui a soif, qui est nu, malade, prisonnier ou étranger (cf. Mt 25, 35-40). De cette foi qui reconnaît le Christ vivant naît également l’engagement du Père Darwin, ainsi que celui de tant d’autres personnes. La charité chrétienne jaillit de l’amour de Dieu répandu dans le cœur du croyant. C’est pourquoi, devant celui qui est dans le besoin, la foi devient concrète et l’amour pour le Christ se transforme en gestes.

Avec cette conviction, notre présence veut témoigner que plus qu’une œuvre de philanthropie ou une concession fortuite, la solidarité s’enracine dans la reconnaissance de la dignité humaine. Elle est appelée à s’engager et à prendre la forme d’un processus. L’accueil ouvre la porte ; l’intégration aide à franchir le seuil. L’assistance apporte un baume à la blessure et l’intégration reconstruit l’avenir.

Intégrer ne signifie pas effacer l’histoire de celui qui arrive ni exiger qu’il abandonne tout ce qui fait partie de sa mémoire. Cela ne signifie pas non plus créer des mondes parallèles fermés les uns aux autres, où les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer. L’intégration est un chemin réciproque : celui qui arrive apprend à habiter une terre nouvelle, et celui qui reçoit apprend à agrandir sa maison, sans jamais diluer son identité ni fermer son cœur à l’altérité. Chers frères migrants, il vous revient une part noble et nécessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance à la communauté qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, connaître ses coutumes, participer à la vie commune et offrir avec gratitude vos dons.

Toute société qui accueille a des devoirs envers ceux qui arrivent ; et celui qui est accueilli découvre aussi que la dignité reconnue comme un droit s’épanouit quand elle devient responsabilité et désir sincère de construire avec les autres. Ainsi, celui qui est arrivé comme étranger peut retrouver des liens, reconstruire la confiance et se sentir partie vivante d’une communauté. C’est une forme précieuse de miséricorde.

Nous parlons avant tout de personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu, plutôt que de catégories juridiques ou de problèmes à gérer. Après des voyages difficiles et, parfois, plusieurs tentatives – comme dans le cas de Khalid –, ils cherchent quelqu’un pour leur dire, par les gestes avant les mots : votre vie n’est pas un rebut, votre souffrance n’est pas invisible, votre dignité n’a pas été désagrégée dans les eaux que vous avez traversées – comme nous l’exprimait Mbacke. Mais ils cherchent aussi quelque chose de plus : une possibilité concrète de recommencer, d’apprendre, de travailler, de servir, de participer, de ne pas rester enfermés pour toujours dans la condition de victimes.

Dans cette perspective, je désire remercier Mgr Eloy pour ses paroles ; elles sont pour nous le témoignage d’une Église qui, même avec des moyens limités, veut “marcher avec ceux qui marchent”. Merci à la Caritas diocésaine, à la Délégation diocésaine de Migrations, aux paroisses et à tant de réalités ecclésiales et civiles qui dépassent la simple urgence pour accompagner les démarches de protection, de promotion et d’intégration. Merci d’avoir rendu possible que celui qui un jour a été accompagné puisse devenir – comme nous le rappelait Thalia – un pont pour les autres, en rendant l’amour reçu. Lorsque celui qui a eu besoin d’une main commence à tendre la sienne, la charité reçue se transforme en responsabilité partagée.

En même temps, nous ne pouvons pas oublier les nombreux migrants qui, originaires d’Amérique latine, des Philippines et d’autres régions du monde, font déjà partie vivante de la communauté et, par leur foi, leur travail et leurs dons, aident à la renouveler. Laissez-vous aussi évangéliser par eux, car ils apportent sûrement avec eux des dons que la Providence a voulu vous faire parvenir à travers ceux qui s’intègrent. Ils se rappellent que s’intégrer, c’est ouvrir un espace pour qu’une personne puisse se sentir coresponsable. Ainsi, l’étranger d’hier peut être le frère et le voisin d’aujourd’hui.

Je voudrais demander aux catholiques quelque chose de plus : que l’intégration ne soit pas réduite à une tâche sociale, aussi nécessaire soit-elle. Celui qui arrive dans nos paroisses a besoin de pain, de toit, de langue, de travail et de protection. Cependant il doit trouver une communauté capable d’offrir, par le témoignage de la vie et de la parole, des chemins pour connaître Jésus-Christ, en respectant toujours la conscience et la liberté de chaque personne. Évangéliser, c’est partager avec respect et humilité le trésor qui soutient notre action et notre espérance. Une Église qui accueille est aussi une Église qui annonce, en offrant le Christ sans l’imposer et qui, dans le même temps, reçoit l’Évangile des mains des pauvres.

Une conscience humaine, et plus encore une conscience chrétienne, ne peut rester indifférente aux victimes des naufrages et du manque d’aide, à ces cimetières de la mer. Chaque vie perdue sur ces routes est un échec pour la famille humaine. Mais il existe aussi un naufrage silencieux après l’arrivée : rester seul dans une ville, sans la langue, sans les liens, sans le travail, sans la confiance et exposé à ceux qui profitent de la vulnérabilité. Intégrer, c’est empêcher ce deuxième naufrage. C’est aider celui qui est arrivé blessé à ne pas rester éternellement prisonnier de sa douleur, mais à se remettre sur pied, reconnaître ses dons et les offrir à la communauté.

Depuis cette place, je tiens à adresser un message clair à ceux qui exploitent le désespoir ; à ceux qui organisent des routes de la mort, font du trafic d’êtres humains, retiennent des documents, exploitent les travailleurs, menacent les femmes, trompent les familles et transforment la souffrance des autres en affaire. Arrêtez-vous. Convertissez-vous (cf. Mc 1, 15). Les larmes et le sang de ces frères crient à Dieu et leurs souffrances arrivent jusqu’à Lui (cf. Gn 4, 10 ; Ex 3, 7-9). L’argent arraché à la vulnérabilité des pauvres ne donnera ni paix, ni honneur, ni avenir (cf. Jr 22,13 ; Jc 5, 1-6).

Pour chaque vie perdue, chaque famille trompée, chaque corps soumis, chaque femme menacée, chaque travailleur exploité, ils devront comparaître devant la justice divine (cf. 2 Co 5, 10). Brisez ces chaînes et affranchissez ceux qui sont sous le joug (cf. Is 58, 6). Restituez ce qui a été pris et faites réparation dès que possible. Revenez pendant qu’il est encore temps, car la miséricorde de Dieu peut atteindre même le pécheur le plus endurci, mais elle n’entre que par la porte étroite de la vérité, de la justice et de la conversion (cf. Ez 33, 11).

Frères et sœurs, la peur, l’indifférence et la violence de ceux qui font commerce de la vie humaine n’auront jamais le dernier mot. Le dernier mot appartient au Christ qui s’identifie avec l’étranger, touche les blessures de l’humanité et nous appelle à le reconnaître dans chaque frère qui a besoin d’être accueilli, protégé, promu et intégré. Levons les yeux vers Lui, sans nous détourner de ceux qui souffrent ; regardons le Seigneur pour apprendre à regarder nos frères avec ses yeux.

La Sainte Famille de Nazareth, qui a dû émigrer en Égypte pour protéger la vie de l’Enfant Jésus (cf. Mt 2, 13-15), reste pour tous les temps le modèle et la protection de chaque famille réfugiée, de tout migrant et de toute personne contrainte à quitter sa terre par peur, persécution ou besoin (cf. Pie XII, Const. ap. Exsul Familia). Qu’elle soutienne le service que vous offrez et fasse de cette terre un lieu où tous se reconnaissent et se traitent comme des frères. Dieu vous bénisse.

Messe à la basilique de la Sagrada Família

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE Plaza de Cibeles (Madrid)

Frères et sœurs,

le cœur débordant de joie, en ce début de voyage en Espagne, je préside cette célébration en ce jour de la solennité du Corpus Christi.

Nous sommes réunis autour de l’Eucharistie, don de la présence vivante du Christ parmi nous. C’est lui qui a voulu nous offrir sa vie pour nous faire entrer dans la communion du Père et faire de nous ses enfants. Il est ici, comme le Pain vivant descendu du ciel, qui nous nourrit de la vie même de Dieu, d’un amour plus fort que la mort.

Ce mémorial du Seigneur présent dans le Pain eucharistique est au cœur de votre foi et de l’histoire de votre peuple. Ici à Madrid, mais aussi dans tant d’autres lieux d’Espagne, le Corpus Christi n’est pas une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu. Les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol. Encore aujourd’hui, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements. Il ne s’agit pas d’une manifestation extérieure, d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique : il s’agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.

Ainsi, si le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, la procession dit qu’Il ne reste pas enfermé dans le temple, mais qu’Il sort à notre rencontre. Jésus marche dans les rues, traverse les places, visite nos quartiers, habite les lieux de notre vie quotidienne. Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent. Le Christ qui passe dans les rues dans l’ostensoir est le même qui s’identifie aux pauvres, aux opprimés, à ceux qui sont seuls et sans défense. Ce n’est pas un hasard si ici, en Espagne, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.

Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.

C’est pourquoi la mémoire historique des processions du Corps et du Sang du Christ ne se laisse pas emprisonner dans la nostalgie ; elle devient, au contraire, une invitation aujourd’hui, pour notre vie personnelle, pour nos relations, pour la société, pour la construction de l’avenir. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’invitation à “se souvenir” que nous avons entendue dans la première lecture : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur, ton Dieu, t’a fait parcourir ces quarante années dans le désert » ; souviens-toi de comment, quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne. Il s’agit de “se souvenir” précisément pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas.

Voici donc une exhortation pour l’Espagne d’aujourd’hui et de demain : que la religiosité qui anime ce pays depuis des siècles ne soit pas un musée du passé, mais une école de foi où on peut encore s’abreuver. Une école qui nous enseigne à nous agenouiller devant Dieu et devant notre prochain, car personne ne peut s’agenouiller devant le Seigneur et mépriser son prochain ; une école qui nous enseigne la gratuité de l’amour qui se fait don, afin qu’il circule parmi nous et brise les chaînes de tout égoïsme ; une école où nous apprenons que Dieu est une présence réelle et que nous sommes nous aussi appelés à être présents dans les situations et les défis de la société, à ne pas fuir et à nous engager personnellement dans la construction du bien commun.

Frères et sœurs, je souhaite rappeler ici saint Manuel González, l’évêque des tabernacles abandonnés. Sa vie nous rappelle que l’Eucharistie ne doit pas être honorée uniquement lors des grandes célébrations ou de manière occasionnelle, mais aussi dans la fidélité silencieuse de celui qui accompagne le Seigneur par une amitié humble et discrète qui se nourrit jour après jour. Je voudrais également rappeler les vers poétiques de saint Jean de la Croix : « Je connais bien moi la source qui jaillit et coule, bien que de nuit » (Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi). Dans la prison conventuelle de Tolède, où il était incarcéré dans des conditions extrêmement dures, précisément aux alentours de la fête du Corps et du Sang du Christ en 1578, il reconnaît, depuis la nuit de cette prison, la présence cachée du Seigneur d’où jaillit une lumière qui ne connaît pas de crépuscule et d’où coule une vie qui ne s’épuise pas. Jésus Eucharistie est « cette source éternelle qui est cachée », source qui coule et étanche la soif sans éblouir, sans s’imposer par une puissance extérieure, sans se présenter de manière spectaculaire (cf. ibid.).

Revenons à Lui par un amour sincère. Ouvrons-nous à la rencontre avec Lui, laissons-Le désaltérer les aridités de notre cœur, pour ensuite sortir sur les chemins de la vie et de l’histoire et porter parmi les gens ce courant d’eau fraîche, ce courant d’amour, de paix, de justice et de joie. Buvons à nouveau à cette source eucharistique, qui ne nous enferme pas dans une dévotion privée, mais nous envoie arroser nos frères, les familles, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui ont perdu espoir. La grâce eucharistique nous transforme, et fait aussi de nous des acteurs de la transformation de l’histoire et un signe d’espérance pour ceux que nous rencontrons.

Que le Seigneur Jésus présent dans l’Eucharistie fasse de vous le pain rompu, donné et offert, afin qu’une vie pleine jaillisse pour vous, pour vos familles et pour votre pays.

Madrid - Veillée de prière avec les jeunes, 6 juin 2026

Le rite, le signe, le symbole

Chers frères et sœurs,

en poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.

Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).

Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.

Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.

La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.

“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.

Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).

En juin, Léon XIV invite à prier pour « les valeurs du sport »

Seigneur de la vie,
nous te rendons grâce pour le don du sport,
pour ceux qui glorifient Dieu par l’exercice de leur corps,
pour les amitiés qui naissent sur le terrain et la joie de jouer en équipe.

Tu nous enseignes que dans la vie, comme dans le jeu, personne ne se sauve tout seul.
Nous avons besoin des autres pour grandir,
apprendre le respect, dépasser nos limites et célébrer ensemble les victoires obtenues.

Nous te prions pour que le sport soit toujours une école de fraternité et non de rivalité vide,
un espace de rencontre et non d’exclusion,
un chemin de paix et non de violence.

Que ceux qui pratiquent, entraînent ou encouragent
découvrent dans le sport un langage universel
qui rapproche les cultures, unit les peuples
et sème le respect, la solidarité et le dépassement de soi.

Seigneur Jésus,
que chaque sport devienne une parabole d’une vie vécue avec toi,
dans l’effort joyeux,
avec humilité dans la défaite
et gratitude dans la victoire que tu nous offres dans ta résurrection.

Que ton Esprit ne nous manque jamais,
pour que nous soyons une seule équipe, unie à toi,
au service de la communion et de la fraternité dans l’histoire.

Amen.

La réforme de la liturgie : tradition et évolution

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps » (I, V).

En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir « à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie » (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but « de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église » (ibid.).

À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s’y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).

Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).

Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).

Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.

On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.

J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.

La liturgie dans le mystère de l’Église

Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).

En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).

Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.

Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.

Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).

Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».

Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).

Ainsi, « la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).

Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.

* * *

Chers amis, laissons-nous transformer intérieurement au cours de la liturgie, par les rites, les symboles, les gestes, les silences et surtout par la présence vivante du Christ.

Que l’Esprit Saint vous comble de ses dons ! Je vous bénis de tout cœur.

La Vierge Marie, modèle de l’Église

Chers frères et sœurs, bonjour, et bienvenue !

Le Concile Vatican II a voulu consacrer le dernier chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Église à la Vierge Marie (cf. Lumen gentium, 52-69). Elle « est saluée comme membre suréminent et absolument unique de l’Église, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité » (n° 53). Ces paroles nous invitent à comprendre comment, en Marie, qui, sous l’action du Saint-Esprit, a accueilli et engendré le Fils de Dieu venu dans la chair, on peut reconnaître à la fois le modèle, le membre par excellence et la mère de toute la communauté ecclésiale.

En se laissant façonner par l’œuvre de la Grâce, venue s’accomplir en elle, et en accueillant le don du Très-Haut par sa foi et son amour virginal, Marie est le modèle parfait de ce que toute l’Église est appelée à être, créature de la Parole du Seigneur et mère des enfants de Dieu engendrés dans la docilité à l’action du Saint-Esprit. En tant que croyante par excellence, en qui nous est offerte la forme parfaite de l’inconditionnelle ouverture au mystère divin dans la communion du peuple saint de Dieu, Marie est membre éminent de la communauté ecclésiale. Enfin, en tant qu’elle engendre des enfants dans le Fils, aimés dans l’Éternel Bien-Aimé venu parmi nous, Marie est mère de toute l’Église, qui peut s’adresser à elle avec une confiance filiale, dans la certitude d’être écoutée, protégée et aimée.

On pourrait exprimer l’ensemble de ces caractéristiques de la Vierge Marie en parlant d’elle comme de la femme icône du Mystère. Le terme femme met en évidence la réalité historique de cette jeune fille d’Israël, à qui il a été donné de vivre l’expérience extraordinaire de devenir la mère du Messie. L’expression icône souligne qu’en elle se réalise le double mouvement de descente et d’ascension : en Elle resplendissent tant l’élection gratuite de la part de Dieu que le libre consentement de la foi en Lui. Marie est donc la femme icône du Mystère, c’est-à-dire du dessein divin de salut, autrefois caché et révélé en plénitude en Jésus-Christ.

Le Concile nous a laissé un enseignement clair sur la place singulière réservée à la Vierge Marie dans l’œuvre de la Rédemption (cf. Lumen gentium, 60-62). Il a rappelé que le seul Médiateur du salut est Jésus-Christ (cf. 1 Tm 2, 5-6) et que sa Très Sainte Mère « n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ mais en manifeste au contraire la vertu. » (LG, 60). En même temps, « la bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, […] apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère. » (ibid., 61).

Le mystère de l’Église se reflète également dans la Vierge Marie : en Elle, le peuple de Dieu trouve représentés son origine, son modèle et sa patrie. En la Mère du Seigneur, l’Église contemple son propre mystère, non seulement parce qu’elle y retrouve le modèle de la foi virginale, de la charité maternelle et de l’alliance nuptiale à laquelle elle est appelée, mais aussi et surtout parce qu’elle reconnaît en elle son archétype, la figure idéale de ce qu’elle est appelée à être.

Comme on peut le voir, les réflexions sur la Vierge Mère rassemblées dans Lumen gentium nous enseignent à aimer l’Église et à servir en son sein l’accomplissement du Règne de Dieu qui vient et qui s’accomplira pleinement dans la gloire.

Laissons-nous donc interpeller par ce sublime modèle qu’est Marie, Vierge et Mère, et demandons-lui de nous aider, par son intercession, à répondre à ce qui nous est demandé à travers son exemple : est-ce que je vis avec une foi humble et active mon appartenance à l’Église ? Est-ce que je reconnais en Elle la communauté de l’alliance que Dieu m’a donnée pour correspondre à son amour infini ? Est-ce que je me sens partie intégrante de l’Église, dans l’obéissance aux pasteurs que Dieu lui donne ? Est-ce que je regarde Marie comme modèle, membre éminent et mère de l’Église, et est-ce que je Lui demande de m’aider à être un disciple fidèle de son Fils ?

Sœurs et frères, que le Saint-Esprit, descendu sur Marie et invoqué par nous avec humilité et confiance, nous donne de vivre pleinement ces merveilleuses réalités. Et, après avoir approfondi la Constitution Lumen gentium, demandons à la Vierge de nous obtenir ce don : que grandisse en chacun de nous l’amour pour la Sainte Mère Église. Ainsi soit-il !

L’Église, pèlerine dans l’histoire vers la patrie céleste

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En nous attardant aujourd’hui sur une partie du chapitre VII de la Constitution du Concile Vatican II sur l’Église, méditons sur l’une de ses caractéristiques fondamentales : la dimension eschatologique. En effet, l’Église chemine dans cette histoire terrestre en restant toujours tournée vers son but ultime, qui est la patrie céleste. Il s’agit d’une dimension essentielle que pourtant nous négligeons ou minimisons souvent, car nous sommes trop concentrés sur ce qui est immédiatement visible et sur les dynamiques plus concrètes de la vie de la communauté chrétienne.

L’Église est le peuple de Dieu en marche dans l’histoire, qui a pour but de toute son action le Royaume de Dieu (cf. LG, 9). Jésus a fondé l’Église précisément en annonçant ce Royaume d’amour, de justice et de paix (cf. LG 5). Nous sommes donc appelés à considérer la dimension communautaire et cosmique du salut en Christ et à tourner notre regard vers cet horizon final, afin de mesurer et d’évaluer tout dans cette perspective.

L’Église vit dans l’histoire au service de l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde. Elle annonce à tous et en tout temps les paroles de cette promesse, en reçoit un gage dans la célébration des sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et les met en œuvre et en expérimente la logique dans les relations d’amour et de service. Elle sait en outre qu’elle est le lieu et le moyen où l’union avec le Christ se réalise « plus étroitement » (LG, 48), tout en reconnaissant que le salut peut être donné par Dieu dans l’Esprit Saint même en dehors de ses limites visibles.

À cet égard, la Constitution Lumen gentium fait une affirmation importante : l’Église est « sacrement universel de salut » (LG, 48), c’est-à-dire signe et instrument de cette plénitude de vie et de paix promise par Dieu. Cela signifie qu’elle ne s’identifie pas parfaitement au Royaume de Dieu, mais qu’elle en est le germe et le commencement, car l’accomplissement ne sera donné à l’humanité et au cosmos qu’à la fin des temps. Les croyants en Christ cheminent donc dans cette histoire terrestre, marquée par la maturation du bien mais aussi par les injustices et les souffrances, sans être ni illusionnés ni désespérés ; ils vivent guidés par la promesse reçue de « Celui qui fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). C’est pourquoi l’Église accomplit sa mission entre le “déjà” du commencement du Royaume de Dieu en Jésus et le “pas encore” de l’accomplissement promis et attendu. Gardienne d’une espérance qui éclaire le chemin, elle est également investie de la mission de prononcer des paroles claires pour rejeter tout ce qui mortifie la vie et en empêche le développement, et de prendre position en faveur des pauvres, des exploités, des victimes de la violence et de la guerre, ainsi que de tous ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 159).

Signe et sacrement du Royaume, l’Église est le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre qui, à partir précisément de la promesse finale, lit et interprète à la lumière de l’Évangile les dynamiques de l’histoire, dénonçant le mal sous toutes ses formes et annonçant, par la parole et par les œuvres, le salut que le Christ veut réaliser pour toute l’humanité et son Royaume de justice, d’amour et de paix. L’Église, donc, ne s’annonce pas elle-même ; au contraire, en elle, tout doit renvoyer au salut en Christ.

Dans cette perspective, l’Église est appelée à reconnaître humblement la fragilité humaine et le caractère éphémère de ses propres institutions qui, bien qu’étant au service du Royaume de Dieu, portent l’empreinte fugace de ce monde (cf. LG, 48). Aucune institution ecclésiale ne peut être absolutisée ; au contraire, puisqu’elles vivent dans l’histoire et dans le temps, elles sont appelées à une conversion continuelle, au renouvellement des formes et à la réforme des structures, à la régénération constante des relations, afin qu’elles puissent véritablement correspondre à leur mission.

Dans la perspective du Royaume de Dieu, il faut également prendre en compte la relation entre les chrétiens qui accomplissent aujourd’hui leur mission et ceux qui ont déjà achevé leur existence terrestre et se trouvent dans un état de purification ou de béatitude. Lumen gentium affirme en effet que tous les chrétiens forment une seule Église, qu’il existe une communion et une participation aux biens spirituels fondée sur l’union avec le Christ de tous les croyants, une sollicitude fraternelle entre l’Église terrestre et l’Église céleste : cette communion des saints qui se vit en particulier dans la liturgie (cf. LG, 49-51). En priant pour les défunts et en suivant les traces de ceux qui ont déjà vécu en tant que disciples de Jésus, nous sommes nous aussi soutenus dans notre cheminement et nous renforçons l’adoration de Dieu : marqués par l’unique Esprit et unis dans l’unique liturgie, avec ceux qui nous ont précédés dans la foi, nous louons et rendons gloire à la Très Sainte Trinité.

Soyons reconnaissants aux Pères conciliaires de nous avoir rappelé cette dimension si importante et si belle de l’être chrétien, et efforçons-nous de la cultiver dans notre vie.

En Mai, le Saint-Père nous invite à prier « pour une alimentation pour tous »

Catéchèse. Le Voyage Apostolique en Algérie, Cameroun, Angola e Guinée Équatoriale.

Chers frères et sœurs, bonjour, et bienvenue !

Aujourd’hui, je souhaite vous parler du voyage apostolique que j’ai effectué du 13 au 23 avril, en visitant quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée Équatoriale.

Dès le début de mon pontificat, j’ai pensé à un voyage en Afrique. Je remercie le Seigneur de m’avoir permis de l’accomplir, en tant que Pasteur, pour rencontrer et encourager le peuple de Dieu ; et aussi de le vivre comme un message de paix à un moment historique marqué par des guerres et par de graves et fréquentes violations du droit international. Et j’adresse mes remerciements les plus sincères aux évêques et aux autorités civiles qui m’ont accueilli, ainsi qu’à tous ceux qui ont collaboré à l’organisation.

La Providence a voulu que la première étape soit précisément le pays où se trouvent les lieux de saint Augustin, c’est-à-dire l’Algérie. Je me suis ainsi retrouvé, d’une part, à repartir des racines de mon identité spirituelle et, d’autre part, à passer et à consolider des ponts très importants pour le monde et l’Église d’aujourd’hui : le pont avec l’époque très féconde des Pères de l’Église ; le pont avec le monde islamique ; le pont avec le continent africain.

En Algérie, j’ai reçu un accueil non seulement respectueux, mais aussi chaleureux, et nous avons pu constater par nous-mêmes et montrer au monde qu’il est possible de vivre ensemble comme des frères et sœurs, même de religions différentes, lorsque l’on se reconnaît comme enfants du même Père miséricordieux. En outre, ce fut l’occasion propice de suivre l’enseignement de saint Augustin : par son expérience de vie, ses écrits et sa spiritualité, il est un maître dans la recherche de Dieu et de la vérité. Un témoignage aujourd’hui plus important que jamais pour les chrétiens et pour toute personne.

Dans les trois pays suivants que j’ai visités, la population est en revanche majoritairement chrétienne, et je me suis donc plongé dans une atmosphère de fête de la foi, d’accueil chaleureux, favorisée aussi par les traits typiques du peuple africain. J’ai moi aussi fait l’expérience, comme mes Prédécesseurs, d’un peu de ce qui arrivait à Jésus avec les foules de Galilée : il les voyait assoiffées et affamées de justice, il leur annonçait : “Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux les artisans de paix…” et, reconnaissant leur foi, il disait : “Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde” (cf. Mt 5, 1-16).

Ma visite au Cameroun m’a permis de réitérer l’appel à œuvrer ensemble pour la réconciliation et la paix, car ce pays est malheureusement lui aussi marqué par des tensions et des violences. Je suis heureux de m’être rendu à Bamenda, dans la région anglophone, où j’ai encouragé la collaboration en faveur de la paix. Le Cameroun est surnommé “l’Afrique en miniature”, en référence à la variété et à la richesse de sa nature et de ses ressources, mais nous pouvons également comprendre cette expression dans le sens où les grands besoins de tout le continent se retrouvent au Cameroun : celui d’une répartition équitable des richesses ; celui de donner leur place aux jeunes, en surmontant la corruption endémique ; celui de promouvoir un développement intégral et durable, en opposant aux diverses formes de néocolonialisme une coopération internationale visionnaire. Je remercie l’Église du Cameroun et tout le peuple camerounais, qui m’a accueilli avec tant d’amour, et je prie pour que l’esprit d’unité qui s’est manifesté au cours de ma visite soit maintenu vivant et guide les choix et les actions futures.

La troisième étape du Voyage s’est déroulée en Angola, grand pays situé au sud de l’équateur, doté d’une tradition chrétienne séculaire, liée à la colonisation portugaise. Comme de nombreux pays africains, après avoir accédé à l’indépendance, l’Angola a traversé une période troublée, marquée dans son cas par une longue guerre civile sanglante. Au creuset de cette histoire, Dieu a guidé et purifié l’Église, la convertissant toujours davantage au service de l’Évangile, de la promotion humaine, de la réconciliation et de la paix. Une Église libre pour un peuple libre ! Au sanctuaire marial de Mamã Muxima – qui signifie “Mère du cœur” – j’ai senti battre le cœur du peuple angolais. Et au cours des différentes rencontres, j’ai vu avec joie tant de religieuses et de religieux de tous âges, prophétie du Règne des cieux au milieu de leur peuple ; j’ai vu des catéchistes qui se consacrent entièrement au bien des communautés ; j’ai vu des visages d’anciens marqués par les fatigues et les souffrances, mais rayonnants de la joie de l’Évangile ; j’ai vu des femmes et des hommes danser au rythme des chants de louange au Seigneur ressuscité, fondement d’une espérance qui résiste aux déceptions causées par les idéologies et les vaines promesses des puissants.

Cette espérance exige un engagement concret, et l’Église a la responsabilité, par son témoignage et par l’annonce courageuse de la Parole de Dieu, de reconnaître les droits de tous et d’en promouvoir le respect effectif. Aux côtés des autorités civiles angolaises, mais aussi de celles des autres pays, j’ai pu réaffirmer la volonté de l’Église catholique de continuer à apporter cette contribution, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Le dernier pays que j’ai visité est la Guinée Équatoriale, 170 ans après la première évangélisation. Fort de la sagesse de la tradition et de la lumière du Christ, le peuple équatoguinéen a traversé les vicissitudes de son histoire et, ces derniers jours, en présence du Pape, il a renouvelé avec un grand enthousiasme sa volonté de marcher uni vers un avenir d’espérance.

Je ne peux oublier ce qui s’est passé à la prison de Bata, en Guinée Équatoriale : les détenus ont chanté à tue-tête un chant de remerciement à Dieu et au Pape, demandant de prier “pour leurs péchés et leur liberté”. Je n’avais jamais rien vu de tel. Puis ils ont prié avec moi le “Notre Père” sous une pluie battante. Un signe authentique du Royaume de Dieu ! Et c’est toujours sous la pluie qu’a commencé la grande rencontre avec les jeunes au stade de Bata. Une fête de joie chrétienne, avec des témoignages émouvants de jeunes qui ont trouvé dans l’Évangile le chemin d’une croissance libre et responsable. Cette fête a culminé lors de la célébration eucharistique du lendemain, qui a dignement couronné la visite en Guinée Équatoriale ainsi que l’ensemble du voyage apostolique.

Chers frères et sœurs, la visite du Pape est, pour les populations africaines, l’occasion de faire entendre leur voix, d’exprimer la joie d’être peuple de Dieu et l’espérance d’un avenir meilleur, de dignité pour chacun et pour tous. Je suis heureux de leur avoir donné cette possibilité, et en même temps je remercie le Seigneur pour ce qu’ils m’ont offer, une richesse inestimable pour mon cœur et pour mon ministère.

Quelques messages du pape pendant son voyage en Afrique

Guinée équatoriale, visite à la prison de Bata

Guinée équatoriale, Malabo, visite à l’hôpital psychiatrique

Angola, Saurimo, visite une maison de retraite

Cameroon, Visite à l’orphelinat Ngul Zamba

Algérie, Alger, rencontre avec la communauté algérienne

 

Sainteté et conseils évangéliques dans l’Église

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.

Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29 ; LG, 40).

Lumen Gentium décrit la sainteté de l’Église catholique comme l’une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu’elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu’elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l’Église, c’est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l’Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l’essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.

Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.

En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés ! Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.

URBI ET ORBI » DU PAPE LÉON XIV

Frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !

Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : « Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié » (Séquence de Pâques).

Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.

Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?

Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.

Le Christ, notre « Roi victorieux », a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.

La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.

Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.

Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.

Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !

À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !

Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : « Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! » (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).

La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.

Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.

En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !

Joyeuses Pâques !

En Avril : Léon XIV invite à prier pour les prêtres en crise

Sur le fondement des Apôtres. L’Église dans sa dimension hiérarchique

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II en commentant la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église (LG). Après l’avoir présentée comme peuple de Dieu, nous examinons aujourd’hui sa structure hiérarchique.

L’Église catholique trouve son fondement dans les Apôtres, voulus par le Christ comme colonnes vivantes de son Corps mystique, et possède une dimension hiérarchique qui travaille au service de l’unité, de la mission et de la sanctification de tous ses membres. Cet Ordre sacré est fondé de manière permanente sur les Apôtres (cf. Ep 2, 20 ; Ap 21,14), en tant que témoins accrédités de la résurrection de Jésus (cf. Ac 1,22 ; 1 Co 15,7) et envoyés par le Seigneur lui-même en mission dans le monde (cf. Mc 16,15 ; Mt 28,19). Puisque les Apôtres sont appelés à garder fidèlement l’enseignement salvifique du Maître (cf. 2Tm 1, 13-14), ils transmettent leur ministère à des hommes qui, jusqu’au retour du Christ, continuent à sanctifier, guider et instruire l’Église « grâce à leurs successeurs dans la mission pastorale » (CEC, n° 857).

Cette succession apostolique, fondée sur l’Évangile et la Tradition, est approfondie au chapitre III de Lumen gentium, intitulé « La constitution hiérarchique de l’Église et en particulier de l’épiscopat ». Le Concile enseigne que la structure hiérarchique n’est pas une construction humaine, fonctionnelle à l’organisation interne de l’Église en tant que corps social (cf. LG, 8), mais une institution divine visant à perpétuer la mission confiée par le Christ aux Apôtres jusqu’à la fin des temps.

Le fait que ce thème soit abordé au chapitre III, après que les deux premiers ont contemplé l’essence proprement dite de l’Église (cf. Acta Synodalia III/1, 209-210), n’implique pas que la constitution hiérarchique soit un élément postérieur au peuple de Dieu : comme le note le décret Ad gentes, « les Apôtres furent simultanément la semence du nouvel Israël et l’origine de la hiérarchie sacrée » (n° 5), en tant que communauté des rachetés par la Pâque du Christ, établie comme moyen de salut pour le monde.

Pour saisir l’intention du Concile, il convient de lire attentivement le titre du chapitre III de Lumen gentium, qui expose la structure fondamentale de l’Église, reçue de Dieu le Père par l’intermédiaire du Fils et parvenue à son accomplissement par l’effusion de l’Esprit-Saint. Les Pères conciliaires n’ont pas voulu présenter les éléments institutionnels de l’Église, comme pourrait le laisser entendre le substantif “constitution” compris au sens moderne. Le document se concentre plutôt sur le « sacerdoce ministériel ou hiérarchique », qui diffère « essentiellement et non seulement de degré » du sacerdoce commun des fidèles, en rappelant que ceux-ci sont « ordonnés l’un à l’autre, l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG, 10). Le Concile traite donc du ministère qui est transmis à des hommes investis de la sacra potestas (cf. LG, 18) du pouvoir sacré pour le service dans l’Église : il s’attarde en particulier sur l’épiscopat (LG, 18-27), puis sur le presbytérat (LG, 28) et sur le diaconat (LG, 29) en tant que degrés de l’unique sacrement de l’Ordre.

Par l’adjectif “hiérarchique ”, le Concile entend donc désigner l’origine sacrée du ministère apostolique dans l’action de Jésus, le Bon Pasteur, ainsi que ses relations internes. Les évêques, en premier lieu, et à travers eux les prêtres et les diacres, ont reçu des tâches (en latin munera) qui les conduisent au service de « tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu », afin qu’ils « tendent dans leur effort commun, libre et ordonné, vers une même fin et parviennent au salut » (LG, 18).

Lumen gentium rappelle à plusieurs reprises et de manière efficace le caractère collégial et communionnel de cette mission apostolique, en réaffirmant que cette « charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Écriture, il est appelé expressément “diakonia”, c’est-à-dire ministère » (LG, 24). On comprend alors pourquoi Saint Paul VI a présenté la hiérarchie comme une réalité « née de la charité du Christ, pour accomplir, diffuser et garantir la transmission intacte et féconde du trésor de la foi, des exemples, des préceptes, des charismes, laissé par le Christ à son Église » (Alloc. 14 sept. 1964, in Acta Synodalia III/1, 147).

Chères sœurs et chers frères, prions le Seigneur afin qu’il envoie à son Église des ministres qui soient ardents de charité évangélique, dévoués au bien de tous les baptisés et courageux missionnaires partout dans le monde.

MESSAGE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV À L’OCCASION DU DIXIÈME ANNIVERSAIRE 
DE L’EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE AMORIS LAETITIA

Le 19 mars 2016, le Pape François a offert à l’Église universelle un message lumineux d’espérance concernant l’amour conjugal et familial : l’Exhortation apostolique Amoris laetitia, fruit de trois années de discernement synodal soutenues par l’Année Sainte de la Miséricorde. En ce dixième anniversaire, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour l’élan donné à l’étude et à la conversion pastorale de l’Église et lui demander le courage de poursuivre le chemin, en accueillant toujours à nouveau l’Évangile, dans la joie de pouvoir l’annoncer à tous.

Comme l’enseigne le Concile Vatican II, la famille est « le fondement de la société », [1] don de Dieu et « école d’enrichissement humain ». [2] Par le Sacrement du mariage, les époux chrétiens constituent une sorte d’ « Église domestique », [3] dont le rôle est essentiel pour l’éducation et la transmission de la foi. Dans le sillage de l’élan conciliaire, les deux Exhortations apostoliques Familiaris consortio – donnée par Saint Jean-Paul II en 1981 – et Amoris laetitia ( AL) ont toutes deux stimulé l’engagement doctrinal et pastoral de l’Église au service des jeunes, des conjoints et des familles.

En récoltant les fruits du discernement synodal, Amoris laetitia offre un enseignement précieux que nous devons continuer à approfondir aujourd’hui : l’espérance biblique de la présence aimante et miséricordieuse de Dieu, qui permet de vivre des « histoires d’amour » même lorsque l’on traverse des « crises familiales » (AL, 8) ; l’invitation à adopter « le regard de Jésus » (AL, 60) et à stimuler sans relâche « la croissance, la consolidation et l’approfondissement de l’amour conjugal et familial » (AL, 89) ; l’appel à découvrir que l’amour dans le mariage « donne toujours la vie » (AL, 165) et qu’il est « réel » précisément dans son caractère « imité et terrestre » (AL, 113), comme nous l’enseigne le mystère de l’Incarnation. Le pape François affirme « la nécessité de chercher de nouveaux chemins pastoraux » (AL, 199) et de « renforcer l’éducation des enfants » (AL, chap. VII), tout en invitant l’Église à « accompagner, discerner et intégrer la fragilité » (AL, chap. VIII), en dépassant une conception réductrice de la norme, et à promouvoir « la spiritualité qui jaillit de la vie familiale » (AL, 313).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme j’ai eu l’occasion de le dire aux jeunes réunis à Tor Vergata pendant le Jubilé de l’Espérance, « la fragilité […] fait partie de la merveille que nous sommes » : nous ne sommes pas faits « pour une vie où tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour ». [5] Pour servir la mission d’annoncer l’Évangile de la famille aux jeunes générations, nous devons apprendre à évoquer la beauté de la vocation au mariage précisément dans la reconnaissance de la fragilité, afin de réveiller « la confiance dans la grâce » ( AL, 36) et le désir chrétien de sainteté. Nous devons également soutenir les familles, en particulier celles qui souffrent des nombreuses formes de pauvreté et de violence présentes dans la société contemporaine.

Nous rendons grâce au Seigneur pour les familles qui, malgré les difficultés et les défis, vivent « la spiritualité de l’amour familial […] faite de milliers de gestes réels et concrets » (AL, 315). J’exprime également ma gratitude aux Pasteurs, aux agents pastoraux, aux Associations de fidèles et aux Mouvements ecclésiaux engagés dans la pastorale familiale.

Notre époque est marquée par des transformations rapides qui, plus encore qu’il y a dix ans, rendent nécessaire une attention pastorale particulière aux familles, auxquelles le Seigneur confie la tâche de participer à la mission de l’Église d’annoncer et de témoigner l’Évangile. [6] Il existe en effet des lieux et des circonstances où l’Église « ne peut devenir le sel de la terre » [7] que par l’intermédiaire des fidèles laïcs et, en particulier, des familles. C’est pourquoi l’engagement de l’Église dans ce domaine doit être renouvelé et approfondi, afin que ceux que le Seigneur appelle au mariage et à fonder une famille puissent vivre leur amour conjugal dans le Christ et que les jeunes se sentent attirés par l’intensité de la vocation matrimoniale dans l’Église.

Prenant acte des changements qui continuent d’influencer les familles, j’ai décidé de convoquer en octobre 2026 les Présidents des Conférences Épiscopales du monde entier, afin de procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris laetitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales.

Je confie ce cheminement à l’intercession de saint Joseph, gardien de la Sainte Famille de Nazareth.

Du Vatican, le 19 mars 2026, solennité de saint Joseph.

LÉON PP. XIV

L’Église, peuple sacerdotal et prophétique

Aujourd’hui, je voudrais m’attarder à nouveau sur le second chapitre de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG), consacré à l’Église comme peuple de Dieu.

Le peuple messianique (LG, 9) reçoit du Christ la participation à l’œuvre sacerdotale, prophétique et royale où s’accomplit sa mission salvifique. Les Pères conciliaires enseignent que le Seigneur Jésus a institué, par la nouvelle et éternelle Alliance, un royaume de prêtres, en constituant ses disciples en un « sacerdoce royal » (1 P 2, 9 ; cf. 1 P 2, 5 ; Ap 1, 6). Ce sacerdoce commun des fidèles est donné par le Baptême, qui nous rend capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de « professer devant les hommes la foi que par l’Église ils ont reçue de Dieu » (LG, 11). De plus, par le sacrement de la Confirmation, tous les baptisés « sont liés plus parfaitement à l’Église, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et ainsi plus strictement obligés tout à la fois à répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (ibid.). Cette consécration est à la base de la mission commune qui unit les ministres ordonnés et les fidèles laïcs.

À ce sujet, le pape François faisait remarquer : « Regarder le peuple de Dieu signifie rappeler que nous faisons tous notre entrée dans l’Église en tant que laïcs. Le premier Sacrement, celui qui scelle pour toujours notre identité et dont nous devrions toujours être fiers, est le Baptême. À travers lui et avec l’onction de l’Esprit Saint, (les fidèles) « sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Lumen gentium, n. 10). Notre consécration première et fondamentale prend ses racines dans notre baptême » (Lettre au Président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, 19 mars 2016).

L’exercice du sacerdoce royal se réalise de multiples façons, toutes orientées vers notre sanctification, avant tout par la participation à l’offrande de l’Eucharistie. Par la prière, l’ascèse et la charité agissante, nous témoignons ainsi d’une vie renouvelée par la grâce de Dieu (cf. LG, 10). Comme le résume le Concile, « le caractère sacré et la structure organique de la communauté sacerdotale se réalisent par les sacrements et les vertus » (LG, 11).

Les Pères conciliaires enseignent ensuite que le peuple saint de Dieu participe également à la mission prophétique du Christ (cf. LG, 12). C’est dans ce contexte qu’ils introduisent le thème important du sens de la foi et du consensus des fidèles. La Commission Doctrinale du Concile précisait que ce sensus fidei « est comme une faculté de toute l’Église, grâce à laquelle elle reconnaît dans sa foi la révélation transmise, en distinguant le vrai du faux dans les questions de foi, et en même temps, elle y pénètre plus profondément et l’applique plus pleinement dans la vie » (cf. Acta Synodalia, III/1, 199). Le sens de la foi appartient donc aux fidèles non pas à titre individuel, mais en tant que membres du peuple de Dieu dans son ensemble.

Lumen gentium met l’accent sur ce dernier aspect et le relie à l’infaillibilité de l’Église, à laquelle est liée, en la servant, celle du Souverain Pontife. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint-Esprit (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel (cf. LG, 12). L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. De cette unité, que le Magistère ecclésial préserve, il découle que chaque baptisé est un sujet actif de l’évangélisation, appelé à rendre un témoignage cohérent du Christ selon le don prophétique que le Seigneur insuffle à toute son Église.

L’Esprit Saint, qui nous vient du Christ Ressuscité, dispense en effet « parmi les fidèles de tous ordres les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église » (LG, 12). La vie consacrée, qui ne cesse de germer et de fleurir sous l’action de la grâce, offre une manifestation particulière de cette vitalité charismatique. Les formes d’association ecclésiales sont elles aussi un exemple lumineux de la variété et de la fécondité des fruits spirituels pour l’édification du Peuple de Dieu.

Très chers, réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu ; ainsi que la responsabilité que cela implique.

L’Église peuple de Dieu

Dieu, qui a créé le monde et l’humanité et qui désire sauver chaque homme et chaque femme, accomplit son œuvre de salut dans l’histoire en choisissant un peuple concret et en habitant parmi lui. C’est pourquoi il appelle Abraham et lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer (cf. Gn 22, 17-18). Avec les enfants d’Abraham, après les avoir affranchis de l’esclavage, Dieu fait alliance avec eux, les accompagne, prend soin d’eux et les rassemble lorsqu’ils s’égarent. Ainsi, l’identité de ce peuple est donnée par l’action de Dieu et par la foi en lui. Il est appelé à être une lumière pour les autres nations, comme un phare qui attirera tous les peuples, toute l’humanité (cf. Is 2, 1-5).

Le Concile affirme que « Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait transmise par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair. » ( Lumen gentium, 9). C’est en effet le Christ qui, par le don de son Corps et de son Sang, rassemble définitivement ce peuple en lui. Il est désormais composé de personnes de toutes les nations ; il est unifié par la foi en lui, par l’adhésion à lui, par une vie animée par l’Esprit du Ressuscité. Ainsi est l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ [1] et qui est lui-même le corps du Christ [2] ; non pas un peuple comme un autre, mais le peuple de Dieu, réuni par lui et composé d’hommes et de femmes de tous les peuples de la terre. Son principe unificateur n’est ni une langue, ni une culture, ni un groupe ethnique, mais la foi en Christ : l’Église est donc – selon une magnifique expression du Concile – « L’ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus » ( Lumen gentium, 9).

Il s’agit d’un peuple messianique, précisément parce que son chef, le Christ, est le Messie. Ceux qui lui appartiennent ne se vantent ni de mérites ni de titres, mais seulement du don d’être, en Christ et par Lui, fils et filles de Dieu. Avant toute tâche ou fonction, ce qui importe donc véritablement dans l’Église, c’est d’être greffés sur le Christ, d’être, par grâce, enfants de Dieu. C’est aussi le seul titre honorifique que nous devrions rechercher en tant que chrétiens. Nous sommes dans l’Église pour recevoir continuellement la vie du Père et pour vivre comme ses enfants et frères entre nous. Par conséquent, la loi qui anime les relations dans l’Église est l’amour, tel que nous le recevons et l’expérimentons en Jésus ; et son but est le Royaume de Dieu, vers lequel elle chemine avec toute l’humanité.

Unifiée dans le Christ, Seigneur et Sauveur de tout homme et de toute femme, l’Église ne peut jamais se replier sur elle-même, mais elle est ouverte à tous et est pour tous. Si les croyants en Christ y appartiennent, le Concile nous rappelle que « à faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés » (LG, 13). Même ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont donc, d’une certaine manière, orientés vers le Peuple de Dieu, et l’Église, coopérant à la mission du Christ, est appelée à répandre l’Évangile partout et à tous (cf. LG, 17), afin que chacun puisse entrer en contact avec le Christ. Cela signifie que dans l’Église, il y a et il doit y avoir une place pour chacun, et que chaque chrétien est appelé à proclamer l’Évangile et à témoigner dans tout milieu où il vit et travaille. C’est ainsi que ce peuple manifeste sa catholicité, accueillant les richesses et les ressources des différentes cultures et, en même temps, leur offrant la nouveauté de l’Évangile pour les purifier et les élever (cf. LG, 13).

En ce sens, l’Église est une mais inclut tout le monde. Un grand théologien l’a décrite ainsi : « Unique Arche du Salut, elle doit accueillir dans sa vaste nef toute la diversité humaine. Unique Salle du Banquet, la nourriture qu’elle distribue provient de toute la création. La robe sans couture du Christ est aussi – et c’est une seule et même chose – la robe multicolore de Joseph. » [3]

C’est un grand signe d’espérance – surtout à notre époque, marquée par tant de conflits et de guerres – de savoir que l’Église est un peuple où des femmes et des hommes de nationalités, de langues et de cultures différentes coexistent par la force de la foi : c’est un signe inscrit au cœur même de l’humanité, un rappel et une prophétie de cette unité et de cette paix auxquelles Dieu le Père appelle tous ses enfants.

Soyez des missionnaires de l’unité et de la paix témoignant de l’Amour de Dieu pour l’humanité.

Que Dieu vous bénisse !

En mars, Léon XIV appelle à « désarmer les cœurs pour construire la paix »

L’Église, réalité visible et spirituelle

Aujourd’hui, nous poursuivons notre approfondissement de la Constitution conciliaire Lumen gentium, Constitution dogmatique sur l’Église.

Dans le premier chapitre, où l’on cherche avant tout à répondre à la question sur ce qu’est l’Église, celle-ci est décrite comme « une réalité complexe » (n° 8). Demandons-nous maintenant : en quoi consiste cette complexité ? Quelqu’un pourrait répondre que l’Église est complexe en ce sens qu’elle est “compliquée”, et donc difficile à expliquer ; un autre pourrait penser que sa complexité découle du fait qu’elle est une institution chargée de deux mille ans d’histoire, avec des caractéristiques différentes de celles de tout autre groupe social ou religieux. En latin, cependant, le mot “complexe” désigne plutôt l’union ordonnée d’aspects ou de dimensions différents à l’intérieur d’une même réalité. C’est pourquoi Lumen gentium peut affirmer que l’Église est un organisme bien structuré, dans lequel coexistent les dimensions humaine et divine, sans séparation ni confusion.

La première dimension est immédiatement perceptible, car l’Église est une communauté d’hommes et de femmes qui partagent la joie et les difficultés d’être chrétiens, avec leurs qualités et leurs défauts, annonçant l’Évangile et se faisant signe de la présence du Christ qui nous accompagne sur le chemin de la vie. Pourtant, cet aspect – qui se manifeste également dans l’organisation institutionnelle – ne suffit pas à décrire la véritable nature de l’Église, car celle-ci possède également une dimension divine. Cette dernière ne consiste pas en une perfection idéale ou en une supériorité spirituelle de ses membres, mais dans le fait que l’Église est engendrée par le dessein d’amour de Dieu sur l’humanité, réalisé en Christ. L’Église est donc à la fois communauté terrestre et corps mystique du Christ, assemblée visible et mystère spirituel, réalité présente dans l’histoire et peuple en pèlerinage vers le ciel (LG, 8 ; CCC, 771).

La dimension humaine et la dimension divine s’intègrent harmonieusement, sans que l’une ne se superpose à l’autre ; ainsi, l’Église vit dans ce paradoxe : elle est une réalité à la fois humaine et divine, qui accueille l’homme pécheur et le conduit à Dieu.

Pour éclairer cette condition ecclésiale, Lumen gentium renvoie à la vie du Christ. En effet, qui rencontrait Jésus le long des routes de Palestine faisait l’expérience de son humanité, de ses yeux, de ses mains, du son de sa voix. Qui décidait de le suivre était poussé précisément par l’expérience de son regard accueillant, par le toucher de ses mains qui étaient une bénédiction, par ses paroles de libération et de guérison. Mais en même temps, en suivant cet Homme, les disciples s’ouvraient à la rencontre avec Dieu. En effet, la chair du Christ, son visage, ses gestes et ses paroles manifestent de manière visible le Dieu invisible.

À la lumière de la réalité de Jésus, nous pouvons maintenant revenir à l’Église : lorsque nous la regardons de près, nous y découvrons une dimension humaine faite de personnes concrètes, qui parfois manifestent la beauté de l’Évangile et d’autres fois peinent et se trompent comme tout le monde. Cependant, c’est précisément à travers ses membres et ses aspects terrestres limités que se manifestent la présence du Christ et son action salvifique. Comme le disait Benoît XVI, il n’y a pas d’opposition entre l’Évangile et l’institution, au contraire, les structures de l’Église servent précisément à « la réalisation et à la concrétisation de l’Évangile à notre époque » (Discours aux évêques de Suisse, 9 novembre 2006). Il n’existe pas d’Église idéale et pure, séparée de la terre, mais seulement l’unique Église du Christ, incarnée dans l’histoire.

C’est en cela que réside la sainteté de l’Église : dans le fait que le Christ l’habite et continue à se donner à travers la petitesse et la fragilité de ses membres. En contemplant ce miracle perpétuel qui s’accomplit en elle, nous comprenons la “méthode de Dieu” : il se rend visible à travers la faiblesse des créatures, continuant de se manifester et d’agir. C’est pourquoi le pape François, dans Evangelii gaudium, exhorte chacun à apprendre « à ôter les sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5) » (n° 169). Cela nous rend encore capables aujourd’hui d’édifier l’Église : non seulement en organisant ses formes visibles, mais en construisant cet édifice spirituel qu’est le corps du Christ, à travers la communion et la charité entre nous.

La charité, en effet, engendre constamment la présence du Ressuscité. « Veuille le ciel, disait saint Augustin, que tous gardent à l’esprit seulement la charité : elle seule, en effet, vainc toutes choses, et sans elle, toutes les choses ne valent rien ; partout où elle se trouve, elle attire tout à elle » (Serm. 354,6,6).

MESSAGE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV POUR LE CARÊME 2026 « Écouter » : la première disposition du cœur

Le Saint-Père souligne que « la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre ». Il rappelle que Dieu Lui-même se révèle comme un Dieu qui écoute : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris » (Ex 3,7). Cette écoute du cri de l’opprimé est, selon le Pape, « le début d’une histoire de libération ». L’écoute de la Parole dans la liturgie éduque ainsi à une écoute plus profonde de la réalité. Parmi « les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale », l’Écriture rend capables de reconnaître « celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse ». Entrer dans cette disposition intérieure, insiste Léon XIV, c’est apprendre à écouter comme Dieu Lui-même écoute, « j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris », jusqu’à reconnaître que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église ». Jeûner : discerner l’essentiel et élargir le désir

Si le Carême est un temps d’écoute, « le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu ». L’abstinence de nourriture, rappelle le Pape, est « un exercice ascétique très ancien et irremplaçable. Précisément parce qu’il implique le corps, il rend plus évident ce dont nous avons “faim” et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. », car elle aide à discerner ce dont nous avons réellement faim et à ordonner nos « appétits, à maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain. ». Citant saint Augustin, Léon XIV rappelle que l’homme vit une tension entre le désir de justice et son accomplissement ultime : « Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité ». Le jeûne permet ainsi de purifier le désir, « de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente à accomplir le bien ».

Mais le Saint-Père met en garde : « Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité ». « Personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu », écrit-il, rappelant que l’austérité évangélique conduit à « un mode de vie plus sobre » et à une vie chrétienne authentique et forte, « c’est l’austérité seule qui rend authentique et forte notre vie chrétienne ». Désarmer le langage pour ouvrir des chemins de paix

Le Pape propose également une forme de jeûne concrète et exigeante : « Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain ». Il invite à « désarmer le langage », à renoncer « aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à la médisance et aux calomnies ». À la place, il encourage à cultiver la gentillesse « Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes ». Alors, affirme-t-il, « des paroles de haine laisseront place à des paroles d’espérance et de paix ». Un chemin à vivre ensemble

Enfin, Léon XIV insiste sur la dimension communautaire du Carême : « le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne ». À l’image du peuple d’Israël se rassemblant pour écouter la Loi et jeûner (cf. Ne 9,1-3), les paroisses, familles et communautés sont appelées à un « cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance ».

Dans cette perspective, la conversion touche non seulement la conscience personnelle, mais aussi « le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation ». Le Pape conclut en priant pour un Carême qui rende « notre oreille plus attentive à Dieu et aux plus démunis » et qui fasse des communautés chrétiennes « des lieux où l’écoute engendre des chemins de libération », contribuant à l’édification de la « civilisation de l’amour ».

Le mystère de l’Église, sacrement de l’union avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain

Le Concile Vatican II, dont nous étudions actuellement les documents dans nos catéchèses, a tout d’abord cherché à expliquer l’origine de l’Église lorsqu’il a voulu la décrire. Pour ce faire, dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium, approuvée le 21 novembre 1964, il a puisé dans les Lettres de saint Paul le terme « mystère ». En choisissant ce mot, il ne voulait pas dire que l’Église est quelque chose d’obscur ou d’incompréhensible, comme cela arrive couramment lorsqu’on entend prononcer le mot « mystère ». C’est exactement le contraire : en effet, lorsque saint Paul utilise ce mot, surtout dans la Lettre aux Éphésiens, il veut désigner une réalité qui était auparavant cachée et qui a maintenant été révélée.

Il s’agit du dessein de Dieu qui a un but : unifier toutes les créatures grâce à l’action réconciliatrice de Jésus-Christ, action qui s’est accomplie dans sa mort sur la croix. Cela s’expérimente tout d’abord dans l’assemblée réunie pour la célébration liturgique : là, les différences sont relativisées, ce qui compte, c’est d’être ensemble, parce qu’attirés par l’amour du Christ, qui a abattu le mur de séparation entre les personnes et les groupes sociaux (cf. Ep 2, 14). Pour saint Paul, le mystère est la manifestation de ce que Dieu a voulu réaliser pour l’humanité tout entière et se fait connaître dans des expériences locales, qui s’étendent progressivement jusqu’à inclure tous les êtres humains et même le cosmos.

La condition humaine est une fragmentation que les êtres humains ne sont pas en mesure de réparer, bien que le désir d’unité habite leur cœur. C’est dans cette condition que s’inscrit l’action de Jésus-Christ qui, par l’Esprit Saint, vainc les forces de la division et le Diviseur lui-même. Se retrouver ensemble pour célébrer, après avoir cru à l’annonce de l’Évangile, est vécu comme une attraction exercée par la croix du Christ, qui est la manifestation suprême de l’amour de Dieu ; c’est se sentir convoqués ensemble par Dieu : c’est pourquoi on utilise le terme ekklesía, c’est-à-dire l’assemblée des personnes qui reconnaissent être convoquées. Il y a donc une certaine coïncidence entre ce mystère et l’Église : l’Église est le mystère rendu perceptible.

Cette convocation, précisément parce qu’elle est mise en œuvre par Dieu, ne peut toutefois se limiter à un groupe de personnes, mais est destinée à devenir l’expérience de tous les êtres humains. C’est pourquoi le Concile Vatican II, au début de la Constitution Lumen Gentium, affirme ainsi : « L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (n° 1). L’utilisation du terme “sacrement” et l’explication qui en découle visent à indiquer que l’Église est, dans l’histoire de l’humanité, l’expression de ce que Dieu veut réaliser ; ainsi, en la regardant, on saisit dans une certaine mesure le dessein de Dieu, le mystère : en ce sens, l’Église est un signe. En outre, au terme “sacrement” s’ajoute celui d’“instrument”, précisément pour indiquer que l’Église est un signe actif. En effet, lorsque Dieu agit dans l’histoire, il implique dans son activité les personnes qui sont les destinataires de son action. C’est par l’Église que Dieu atteint son objectif d’unir les personnes à lui et de les réunir entre elles.

L’union avec Dieu trouve son reflet dans l’union des personnes humaines. Telle est l’expérience du salut. Ce n’est pas un hasard si, dans la Constitution Lumen Gentium, au chapitre VII consacré à la nature eschatologique de l’Église en pèlerinage, au n° 48, on utilise à nouveau la description de l’Église comme sacrement, avec la précision “de salut” : « En effet, dit le Concile, le Christ, élevé de terre a tiré à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32 grec) ; ressuscité des morts (cf. Rm 6, 9), il a envoyé sur ses Apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son Corps, qui est l’Église, comme le sacrement universel du salut ; assis à la droite du Père, il exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les hommes vers l’Église, se les unir par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang ».

Ce texte permet de comprendre le rapport entre l’action unificatrice de la Pâque de Jésus, qui est mystère de passion, mort et résurrection, et l’identité de l’Église. En même temps, il nous rend reconnaissants d’appartenir à l’Église, corps du Christ ressuscité et unique peuple de Dieu en pèlerinage dans l’histoire, qui vit comme une présence sanctifiante au milieu d’une humanité encore divisée, signe efficace d’unité et de réconciliation entre les peuples.

Je vous bénis et vous souhaite un bon carême !

 

La Parole de Dieu dans la vie de l’Église

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous nous arrêtons sur le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l’Église, lien exprimé par la Constitution conciliaire Dei Verbum, au chapitre six. L’Église est le lieu propre de l’Écriture Sainte. Sous l’inspiration du Saint-Esprit, la Bible est née du peuple de Dieu et est destinée au peuple de Dieu. Elle a pour ainsi dire son habitat dans la communauté chrétienne : c’est en effet dans la vie et dans la foi de l’Église qu’elle trouve l’espace où révéler sa signification et manifester sa force.

Vatican II rappelle que « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. » De plus, « l’Église eut et elle a toujours pour règle suprême de sa foi les Écritures, conjointement avec la sainte Tradition » (Dei Verbum, 21).

L’Église ne cesse jamais de réfléchir à la valeur des Saintes Écritures. Après le Concile, un moment très important à cet égard a été l’Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », en octobre 2008. Le Pape Benoît XVI en a récolté les fruits dans l’exhortation post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), où il affirme : « Le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met vraiment en évidence que l’authentique herméneutique de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale, qui a dans le ‘oui’ de Marie, son paradigme. […] Le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église. » (n°29).

Dans la communauté ecclésiale, l’Écriture trouve donc le cadre dans lequel elle peut accomplir sa tâche particulière et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. « L’ignorance de l’Écriture est en effet ignorance du Christ ». [1] Cette célèbre expression de saint Jérôme nous rappelle le but ultime de la lecture et de la méditation de l’Écriture : connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. Et la Constitution Dei Verbum nous a présenté la Révélation précisément comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis (cf. DV, 2). Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous.

La Sainte Écriture, confiée à l’Église, gardée et expliquée par elle, joue un rôle actif : en effet, par son efficacité et sa puissance, elle soutient et fortifie la communauté chrétienne. Tous les fidèles sont appelés à s’abreuver à cette source, tout d’abord dans la célébration de l’Eucharistie et des autres Sacrements. L’amour des Saintes Écritures et la familiarité avec elles doivent guider ceux qui exercent le ministère de la Parole : évêques, prêtres, diacres, catéchistes. Le travail des exégètes et de ceux qui pratiquent les sciences bibliques est précieux ; et la place de l’Écriture est centrale pour la théologie, qui trouve dans la Parole de Dieu son fondement et son âme.

Ce que l’Église désire ardemment, c’est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et en nourrir le cheminement de foi. Mais la Parole de Dieu pousse également l’Église au-delà d’elle-même, elle l’ouvre continuellement à la mission envers tous. En effet, nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d’entre elles sont vides ! Parfois, nous entendons aussi des paroles sages, mais qui ne touchent pas notre destin ultime. La Parole de Dieu, en revanche, répond à notre soif de sens, de vérité sur notre vie. Elle est la seule Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d’offrir ses richesses.

Très chers amis, en vivant dans l’Église, on apprend que l’Écriture Sainte est entièrement relative à Jésus-Christ, et on expérimente que c’est là la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence salvatrice, pour chacun de nous et pour l’humanité tout entière. Ouvrons donc notre cœur et notre esprit pour accueillir ce don, à l’école de Marie, Mère de l’Église.

“ Seigneur Jésus,
Toi qui accueillais les petits dans tes bras et les bénissais avec tendresse,
aujourd’hui, nous te présentons les enfants atteints de maladies incurables.

Leurs corps fragiles sont signe de ta présence,
et leurs sourires, même au milieu de la douleur, témoignent de ton Royaume.
Nous te prions, Seigneur, pour qu’ils ne manquent jamais de soins médicaux appropriés,
d’une attention humaine et chaleureuse,
et du soutien d’une communauté qui accompagne avec amour.

Soutiens leurs familles dans l’espérance,
au cœur de la fatigue et de l’incertitude,
et fais d’elles des témoins d’une foi qui se fortifie dans l’épreuve.

Bénis les mains des médecins, infirmiers et soignants,
pour que leur travail soit toujours une expression de compassion active.
Que ton Esprit les éclaire dans chaque décision difficile
et leur accorde patience et tendresse pour servir avec dignité.

Seigneur, apprends-nous à reconnaître ton visage en chaque enfant qui souffre.
Que leur vulnérabilité réveille notre compassion
et nous pousse à prendre soin, à accompagner et à aimer
par des gestes concrets de solidarité.

Fais de nous une Église qui,
animée par les sentiments de ton Cœur
et portée par la prière et le service,
sache soutenir la fragilité
et, au milieu de la douleur, soit source de consolation,
semence d’espérance et annonce d’une vie nouvelle.

Amen.”

La Sainte Écriture : Parole de Dieu en paroles humaines

 

Un seul dépôt sacré. La relation entre Écriture et Tradition.

En poursuivant la lecture de la Constitution conciliaire Dei Verbum sur la Révélation divine, nous réfléchissons aujourd’hui sur le lien entre l’Écriture Sainte et la Tradition. Nous pouvons prendre comme toile de fond deux scènes évangéliques. Dans la première, qui se déroule au Cénacle, Jésus, dans son grand discours-testament adressé à ses disciples, affirme : « Je vous ai dit ces choses pendant que je suis encore avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. […] Quand il viendra, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière » (Jn 14, 25-26 ; 16, 13).

La deuxième scène nous conduit, quant à elle, sur les collines de Galilée. Jésus ressuscité se montre à ses disciples, qui sont surpris et dubitatifs, et leur donne une mission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, […] leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Dans ces deux scènes, le lien étroit entre la parole prononcée par le Christ et sa diffusion au cours des siècles est évident.

C’est ce qu’affirme le Concile Vatican II en recourant à une image évocatrice : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin » (Dei Verbum, 9). La Tradition ecclésiale se ramifie tout au long de l’histoire à travers l’Église qui garde, interprète et incarne la Parole de Dieu. Catéchisme de l’Église Catholique (cf. n° 113) renvoie à cet égard à une devise des Pères de l’Église : « La Sainte Écriture est écrite dans le cœur de l’Église avant d’être écrite sur des supports matériels », c’est-à-dire dans le texte sacré.

Dans le sillage des paroles du Christ que nous avons citées plus haut, le Concile affirme que « la Tradition d’origine apostolique progresse dans l’Église avec l’aide du Saint-Esprit » (DV, 8). Cela se produit grâce à la pleine compréhension par « la réflexion et l’étude des croyants », à travers l’expérience qui naît d’une « intelligence plus profonde des choses spirituelles » et, surtout, grâce à la prédication des successeurs des apôtres qui ont reçu « un charisme certain de vérité ». En résumé, « l’Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle croit » (ibid.).

À ce propos, célèbre est l’expression de saint Grégoire le Grand : « La Sainte Écriture grandit avec ceux qui la lisent » [1]. Et saint Augustin avait déjà affirmé qu’« il n’y a qu’un seul discours de Dieu qui se développe dans toute l’Écriture et qu’il n’y a qu’un seul Verbe qui résonne dans la bouche de tant de saints » [2]. La Parole de Dieu n’est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition. Grâce à l’Esprit Saint, celle-ci la comprend dans toute la richesse de sa vérité et l’incarne dans les coordonnées changeantes de l’histoire.

À cet égard, ce que proposait le saint docteur de l’Église John Henry Newman dans son ouvrage intitulé Le développement de la doctrine chrétienne est suggestif. Il affirmait que le christianisme, tant comme expérience communautaire que comme doctrine, est une réalité dynamique, comme l’a indiqué Jésus lui-même dans les paraboles de la graine (cf. Mc 4, 26-29) : une réalité vivante qui se développe grâce à une force vitale intérieure. [3]

L’apôtre Paul exhorte à plusieurs reprises son disciple et collaborateur Timothée : « O Timothée, garde le dépôt qui t’a été confié » (1Tm 6, 20 ; cf. 2 Tm 1, 12.14). La constitution dogmatique Dei Verbum fait écho à ce texte paulinien lorsqu’elle dit : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église », interprété par le « Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ » (n° 10). Le terme « dépôt » est, dans son sens originel, de nature juridique et impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui dans ce cas est la foi, et de le transmettre intact.

Le « dépôt » de la Parole de Dieu est encore aujourd’hui entre les mains de l’Église et nous tous, dans les différents ministères ecclésiaux, devons continuer à le préserver dans son intégrité, comme une étoile polaire pour notre cheminement dans la complexité de l’histoire et de l’existence.

En conclusion, très chers amis, écoutons encore la Dei Verbum, qui exalte l’interdépendance entre la Sainte Écriture et la Tradition : elles sont - affirme-t-il - si étroitement liées et unies entre elles qu’elles ne peuvent subsister indépendamment l’une de l’autre, et ensemble, selon leur propre manière, sous l’action d’un seul Esprit Saint, elles contribuent efficacement au salut des âmes (cf. n° 10).

Jésus-Christ, révélateur du Père

Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d’alliance, dans lequel il s’adresse à nous comme à des amis. Il s’agit donc d’une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L’accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C’est ce qui s’est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).

Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes […] peuvent se présenter au Père dans l’Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l’action de l’Esprit. L’évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu’il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).

Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s’est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l’image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l’adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).

Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C’est précisément parce qu’il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité : « C’est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l’on enlève quelque chose à l’humain, tout comme l’intégrité de l’humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C’est l’humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).

Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s’incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l’Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d’habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Mt 6, 26).

Frères et sœurs, en suivant jusqu’au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, […] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s’abandonne à lui avec confiance.

Dieu parle aux hommes comme à des amis

 « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

« Jésus-Christ transforme radicalement la relation de l’homme avec Dieu, qui sera désormais une relation d’amitié. » « Nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils. » Saint Augustin insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils, souligne Léon XIV. 

 « Notre ressemblance avec Dieu ne s’obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Ève (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme. »

L’initiative vient de Dieu, « le pacte entre Dieu et l’homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; avec la venue du Fils dans la chair humaine, l’Alliance s’ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. »
Dieu nous parle pour nous inviter à la communion

« Je vous appelle mes amis ». En reprenant ces paroles de Jésus, la Constitution Dei Verbum affirme que la Révélation atteint sa plénitude en Lui, le Verbe fait chair qui nous invite à partager la vie divine. « Par cette révélation, en effet, Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1Tm 1, 17), dans son grand amour, parle aux hommes comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15) et il s’entretient avec eux (cf. Bar 3, 38), pour les inviter et les admettre à la communion avec lui » (n° 2). Le Dieu de la Genèse conversait déjà avec les premiers parents, dialoguant avec eux (cf. Dei Verbum, 3) ; et lorsque ce dialogue est interrompu par le péché, le Créateur ne cesse de rechercher la rencontre avec ses créatures et d’établir à chaque fois une alliance avec elles. Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s’incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l’Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. »

« Il est important, a insisté Léon XIV, de saisir la différence entre la parole et le bavardage : ce dernier s’arrête à la surface et ne réalise pas de communion entre les personnes, tandis que dans les relations authentiques, la parole ne sert pas seulement à échanger des informations et des nouvelles, mais à révéler qui nous sommes. La parole possède une dimension révélatrice qui crée une relation avec l’autre. Ainsi, en nous parlant, Dieu se révèle à nous comme un Allié qui nous invite à l’amitié avec Lui. Dans cette perspective, la première attitude à cultiver est l’écoute. »
Le Concile œcuménique Vatican II expliqué par les Papes
07/01/2026
Le Concile œcuménique Vatican II expliqué par les Papes
Le Pape Léon XIV a entamé mercredi 7 janvier un nouveau cycle de catéchèses intitulé « Le Concile Vatican II à travers ses documents ». Vatican News propose une série de réflexions …
La prière est nécessaire pour vivre et cultiver l’amitié avec le Seigneur

Dans sa catéchèse, Léon XIV nous rappelle que l’amitié avec Dieu est un don et aussi une invitation qui exige une réponse, comme dans toute relation. « La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l’amitié et, comme dans l’expérience de l’amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l’échange de paroles vraies. »

Pour cultiver cette amitié, nous devons passer du temps avec Dieu dans la prière, d’abord « dans la prière liturgique et communautaire, où ce n’est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c’est Lui-même qui nous parle à travers l’Église » ; cette amitié se cultive « également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l’intimité du cœur et de l’esprit. »

Ainsi Léon XIV invite à inscrire la prière dans notre agenda : « Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n’est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui. » Enfin, souligne le Pape, « notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d’un geste spectaculaire de rupture, ou d’une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu’à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c’est précisément l’amitié avec Dieu qui est notre salut. » 

En janvier, le Pape invite à prier avec la Parole de Dieu

Léon XIV exhorte à redécouvrir la prière en apprenant à écouter chaque jour les Écritures, dans une vidéo -aux modalités nouvelles- présentant ses intentions de prière pour le mois de janvier. Ce faisant, il inaugure le projet « Prie avec le Pape », une initiative qui s’inscrit dans la continuité de la mission lancée par le Pape François il y a dix ans afin de s’unir spirituellement dans la prière avec le Souverain pontife.

Chers frères et sœurs, au terme de l’année civile, au cœur du temps de Noël et à l’approche de la fin du Jubilé, l’Église nous invite à relire le chemin parcouru. L’année a été marquée par des événements heureux et douloureux : la ferveur des pèlerins de l’Année Sainte, mais aussi le deuil du Pape François et les théâtres de guerre qui continuent de bouleverser le monde. Nous sommes appelés à présenter tout cela au Seigneur, en nous en remettant à sa Providence, et à lui demander de renouveler en nous les merveilles de sa grâce et de sa miséricorde. C’est dans cet esprit que s’inscrit le chant solennel du Te Deum, respiration de louange, de reconnaissance et d’émerveillement. Il nous conduit à faire un examen de conscience sincère pour demander pardon pour les talents non utilisés, et à rendre grâce pour les dons reçus.

Les pèlerins venus prier sur la tombe de Pierre nous rappellent que toute la vie est un voyage, orienté vers la rencontre avec Dieu et la communion pleine et éternelle avec Lui. Le passage de la Porte Sainte exprime notre “oui” à une vie nouvelle, façonnée par le pardon, la grâce et l’amour du prochain reconnu comme un frère. À la lumière de Noël, saint Léon le Grand rappelle que cette joie est pour tous : le saint, le pécheur, le païen. Dieu s’est fait compagnon de route en partageant nos faiblesses et en nous rachetant. Le message du Jubilé se résume en un mot : amour. Dieu est amour, Dieu est miséricorde, Dieu est vie. Que cette certitude nous accompagne dans le passage vers la nouvelle année et tout au long de notre existence 

Cycle de catéchèse – Jésus-Christ notre espérance IV. La résurrection du Christ et les défis du monde actuel. 

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

La vie humaine est caractérisée par un mouvement constant qui nous pousse à faire, à agir. Aujourd’hui, la rapidité est requise partout pour l’obtention de résultats optimaux dans les domaines les plus divers. De quelle manière la résurrection de Jésus éclaire-t-elle cet aspect de notre expérience ? Quand nous participerons à sa victoire sur la mort, trouverons-nous le repos ? La foi nous dit : oui, nous trouverons le repos. Nous ne serons pas inactifs, mais nous entrerons dans le repos de Dieu, qui est paix et joie. Alors, devons-nous simplement attendre, ou cela peut-il nous transformer dès maintenant ?

Nous sommes absorbés par tant d’activités qui ne nous apportent pas toujours satisfaction. Nombre de nos actions concernent des choses pratiques et concrètes. Nous devons assumer de nombreux engagements, résoudre des problèmes, affronter des difficultés. Jésus, lui aussi, s’est impliqué auprès des autres et dans la vie, sans s’épargner, se donnant jusqu’au bout. Pourtant, nous percevons souvent que trop en faire, loin de nous épanouir, devient un tourbillon étourdissant qui nous prive de sérénité et nous empêche de vivre pleinement ce qui compte vraiment dans nos vies. Nous nous sentons alors fatigués, insatisfaits : le temps semble se disperser en mille choses pratiques qui, pourtant, ne percent pas le sens ultime de notre existence. Parfois, au terme de journées chargées, nous ressentons un vide. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des machines, nous avons un cœur – ou plutôt, pouvons-nous dire, nous sommes un cœur.

Le cœur est le symbole de notre humanité tout entière , une synthèse de pensées, de sentiments et de désirs, le centre invisible de notre personne. L’évangéliste Matthieu nous invite à méditer sur l’importance du cœur, en citant cette belle phrase de Jésus : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » ( Mt 6,21).

C’est donc dans le cœur que l’on conserve le véritable trésor, non dans les coffres-forts de la terre, ni dans de grands investissements financiers qui n’ont jamais été autant affolés qu’aujourd’hui, et sont injustement concentrés, idolâtrés au prix sanglant de millions de vies humaines et de la dévastation de la création de Dieu.

Il est important de réfléchir à ces aspects, car dans les nombreux engagements auxquels nous sommes constamment confrontés, le risque de dispersion, parfois de désespoir, de perte de sens, affleure de plus en plus, même chez des personnes ayant apparemment réussi. Au contraire, lire la vie à la lumière de Pâques, la regarder avec le Christ ressuscité, c’est accéder à l’essence de la personne humaine, à notre cœur : cœur « Inquietum ». Par cet adjectif, « inquiet », saint Augustin nous aide à comprendre l’élan de l’être humain vers son plein accomplissement. La phrase intégrale renvoie au début des Confessions, où Augustin écrit : « Seigneur, tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » (I, 1, 1).

L’inquiétude est le signe que notre cœur ne se meut pas au hasard, sans but ni raison, mais qu’il est orienté vers sa destination ultime, du « retour à la maison ». Et le véritable amarrage du cœur ne consiste pas à posséder des biens matériels, mais à atteindre ce qui peut le combler pleinement ; c’est-à-dire l’amour de Dieu, ou mieux encore, Dieu Amour. Ce trésor, cependant, ne se trouve qu’en aimant le prochain que nous rencontrons sur notre chemin : nos frères et sœurs en chair et en os, dont la présence interpelle et questionne notre cœur, l’invitant à s’ouvrir et à se donner. Notre prochain nous demande de ralentir, de le regarder dans les yeux, parfois de revoir nos plans, voire de changer de direction.

Très chers, voici le secret du mouvement du cœur humain : retourner à la source de son être, goûter à la joie intarissable, qui ne manque jamais. Nul ne peut vivre sans un sens qui aille outre le contingent, outre ce qui passe. Le cœur humain ne peut vivre sans espérer, sans savoir d’être fait pour la plénitude, non pour le manque.

Jésus-Christ, par son Incarnation, sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, a posé un fondement solide à cette espérance. Le cœur inquiet ne sera pas déçu s’il s’engage dans la dynamique d’amour pour laquelle il a été créé. L’amarrage est certain, la vie a triomphé et en Christ, elle continuera de triompher dans toutes les morts du quotidien. Telle est l’espérance chrétienne : bénissons et remercions sans cesse le Seigneur qui nous l’a donnée !

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les paroisses et les jeunes venus de France.

Alors que Noël approche, prenons garde de ne pas nous laisser prendre par un activisme effréné dans les préparatifs de la fête, que nous vivrions finalement qu’en superficialité et qui laisserait place à la déception. Prenons le temps au contraire de rendre notre cœur attentif et vigilant dans l’attente de Jésus afin que sa présence aimante devienne durablement le trésor de notre vie et de notre cœur.

Que Dieu vous bénisse !

« La mort, une grande enseignante de vie »

Le mystère de la mort qui suscite si souvent de profondes interrogations chez l’être humain, a été au cœur de la catéchèse du Pape, ce mercredi 10 décembre, lors de l’audience générale. Face au sentiment de crainte que peut avoir chacun, le Saint-Père rappelle que « l’événement de la résurrection du Christ nous révèle que la mort ne s’oppose pas à la vie, mais qu’elle en fait partie intégrante en tant que passage à la vie éternelle ».

En cette deuxième semaine du temps de l’avent, le Pape porte une réflexion sur la mort qui « apparaît comme l’événement le plus naturel et en même temps le plus innaturel qui soit ». « Il est naturel, car tout être vivant sur terre meurt. Et innaturel, car le désir de vie et d’éternité que nous ressentons pour nous-mêmes, et pour les personnes que nous aimons nous fait voir la mort comme une condamnation, comme un non-sens », a dit Léon XIV lors de l’audience générale, place Saint-Pierre.

« Qu’est-ce donc la mort ? Elle a vraiment le dernier mot sur notre vie ? » Telles sont les questions qui ont émergé dans la catéchèse du Pape, et seul l’être humain se les posent véritablement, car lui seul sait qu’il doit mourir, a-t-il déclaré. « Les animaux souffrent, certes, et se rendent compte que la mort est proche », mais, a fait remarquer le Pape, « ils ne savent pas que la mort fait partie de leur destin. Ils ne s’interrogent ni sur le sens, ni sur la finalité, ni sur l’issue de la vie ».

Comment et quand surviendra-t-elle ?

L’être humain en a conscience, mais cela « ne sauve pas de la mort », au contraire, d’une certaine manière, a-t-il expliqué, « cela rend le rend ‘‘plus vulnérable’’ » par rapport à toutes les autres créatures vivantes. Le Pape Léon XIV a ainsi fait comprendre, partant de ce constat, que « nous sommes des créatures paradoxales, malheureuses, non seulement parce que nous mourons », mais aussi « parce que nous avons la certitude que cet événement se produira, même si nous ignorons comment et quand ».

“Nous nous découvrons conscients et en même temps impuissants. C’est probablement de là que proviennent les refoulements fréquents, les fuites existentielles face à la question de la mort.”

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Jésus-Christ notre espérance IV. La résurrection du Christ et les défis du monde actuel. 6. Espérer dans la vie pour générer la vie

Chers frères et sœurs, bonjour, et bienvenue !

La Pâque du Christ éclaire le mystère de la vie et nous permet de le regarder avec espérance. Cela n’est pas toujours facile ni évident. Partout dans le monde, beaucoup de vies semblent difficiles, douloureuses, pleines de problèmes et d’obstacles à surmonter. Et pourtant, l’être humain reçoit la vie comme un don : il ne la demande pas, il ne la choisit pas, il en fait l’expérience dans son mystère, du premier jour jusqu’au dernier. La vie a une spécificité extraordinaire : elle nous est offerte, nous ne pouvons pas nous la donner nous-mêmes, mais elle doit être nourrie constamment : il faut un soin qui la maintienne, la dynamise, la préserve, la relance.

On peut dire que la question de la vie est l’une des questions abyssales du cœur humain. Nous sommes entrés dans l’existence sans avoir rien fait pour le décider. De cette évidence jaillissent comme un fleuve en crue les questions de tous les temps : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel est le sens ultime de tout ce voyage ?

Vivre, en effet, implique un sens, une direction, une espérance. Et l’espérance agit comme une force profonde qui nous fait avancer dans les difficultés, qui nous empêche d’abandonner dans la fatigue du voyage, qui nous rend certains que le pèlerinage de l’existence nous conduit à la maison. Sans l’espérance, la vie risque d’apparaître comme une parenthèse entre deux nuits éternelles, une brève pause entre l’avant et l’après de notre passage sur terre. Espérer dans la vie, c’est plutôt anticiper le but, croire comme certain ce que nous ne voyons ni ne touchons encore, faire confiance et nous en remettre à l’amour d’un Père qui nous a créés parce qu’il nous a voulus avec amour et qu’il nous veut heureux.

Très chers amis, il existe dans le monde une maladie répandue : le manque de confiance dans la vie. Comme si l’on s’était résigné à une fatalité négative, à un renoncement. La vie risque de ne plus représenter une opportunité reçue en don, mais une inconnue, presque une menace dont il faut se préserver pour ne pas être déçu. C’est pourquoi le courage de vivre et de générer la vie, de témoigner que Dieu est par excellence « l’amant de la vie », comme l’affirme le Livre de la Sagesse (11, 26), est aujourd’hui un appel plus que jamais urgent.

Dans l’Évangile, Jésus confirme constamment sa diligence à guérir les malades, à soigner les corps et les esprits blessés, à redonner vie aux morts. Ce faisant, le Fils incarné révèle le Père : il restitue leur dignité aux pécheurs, accorde la rémission des péchés et inclut tout le monde, spécialement les désespérés, les exclus, les éloignés, dans sa promesse de salut.

Engendré par le Père, Christ est la vie et il a engendré la vie sans compter jusqu’à nous donner la sienne, et il nous invite également à donner notre vie. Engendrer signifie donner la vie à quelqu’un d’autre. L’univers des vivants s’est étendu grâce à cette loi qui, dans la symphonie des créatures, connaît un admirable “crescendo” culminant dans le duo de l’homme et de la femme : Dieu les a créés à son image et leur a confié la mission de donner la vie à son image, c’est-à-dire par amour et dans l’amour.

Dès le début, l’Écriture Sainte nous révèle que la vie, dans sa forme la plus élevée, celle de l’être humain, reçoit le don de la liberté et devient un drame. Ainsi, les relations humaines sont également marquées par la contradiction, jusqu’au fratricide. Caïn perçoit son frère Abel comme un concurrent, une menace, et dans sa frustration, il ne se sent pas capable de l’aimer et de l’estimer. Et voilà la jalousie, l’envie, le sang (Gn 4, 1-16). La logique de Dieu, en revanche, est tout autre. Dieu reste fidèle pour toujours à son dessein d’amour et de vie ; il ne se lasse pas de soutenir l’humanité même lorsque, à l’instar de Caïn, elle obéit à l’instinct aveugle de la violence dans les guerres, les discriminations, les racismes, les multiples formes d’esclavage.

Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie et promouvoir l’humain dans toutes ses expressions : tout d’abord dans la merveilleuse aventure de la maternité et de la paternité, même dans des contextes sociaux où les familles ont du mal à supporter le poids du quotidien, souvent freinées dans leurs projets et leurs rêves. Dans cette même logique, donner la vie signifie s’engager pour une économie solidaire, rechercher le bien commun dont tous puissent profiter équitablement, respecter et prendre soin de la création, offrir du réconfort par l’écoute, la présence, l’aide concrète et désintéressée.

Frères et sœurs, la Résurrection de Jésus-Christ est la force qui nous soutient dans cette épreuve, même lorsque les ténèbres du mal obscurcissent notre cœur et notre esprit. Lorsque la vie semble s’être éteinte, bloquée, voici que le Seigneur Ressuscité passe encore, jusqu’à la fin des temps, et marche avec nous et pour nous. Il est notre espérance.

Jésus-Christ notre espérance IV. La résurrection du Christ et les défis du monde actuel. 

Chers frères et sœurs, bonjour, bienvenu !

En cette année jubilaire consacrée à l’espérance, nous réfléchissons à la relation entre la Résurrection du Christ et les défis du monde actuel, c’est-à-dire nos défis. Parfois, Jésus, le Vivant, veut aussi nous demander : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? ». En effet, on ne peut pas relever seul les défis, et les larmes sont un don de vie lorsqu’elles purifient nos yeux et libèrent notre regard.

L’évangéliste Jean attire notre attention sur un détail que nous ne trouvons pas dans les autres Évangiles : en pleurant près du tombeau vide, Marie-Madeleine ne reconnut pas immédiatement Jésus ressuscité, mais pensa qu’il s’agissait du gardien du jardin. En effet, dès le récit de l’enterrement de Jésus, au coucher du soleil du Vendredi saint, le texte était très précis : « À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. » (Jn 19, 40-4141-42).

C’est ainsi que s’achève, dans la paix du sabbat et la beauté d’un jardin, la lutte dramatique entre les ténèbres et la lumière qui s’est déclenchée avec la trahison, l’arrestation, l’abandon, la condamnation, l’humiliation et la mise à mort du Fils, qui « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1). Cultiver et garder le jardin est la tâche originelle (cf. Gn 2, 15) que Jésus a porté à son accomplissement. Ses dernières paroles sur la croix – « Tout est accompli » (Jn 19, 30) – invitent chacun à retrouver cette même tâche, sa tâche. C’est pourquoi, « inclinant la tête, il rendit l’esprit » (v. 30).

Chers frères et sœurs, Marie-Madeleine n’eut donc pas tout à fait tort croyant rencontrer le gardien du jardin ! Elle devait en effet réentendre son nom et comprendre sa tâche de la part de l’Homme nouveau, celui qui, dans un autre texte de Jean, dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Le pape François, dans l’encyclique Laudato sì, nous a montré l’extrême nécessité d’un regard contemplatif : s’il n’est pas le gardien du jardin, l’être humain en devient le destructeur. L’espérance chrétienne répond donc aux défis auxquels l’humanité tout entière est aujourd’hui confrontée en s’arrêtant dans le jardin où le Crucifié a été déposé comme une semence, pour ressusciter et porter beaucoup de fruits.

Le Paradis n’est pas perdu, mais retrouvé. La mort et la résurrection de Jésus sont ainsi le fondement d’une spiritualité de l’écologie intégrale, en dehors de laquelle les paroles de la foi restent sans prise sur la réalité et les paroles des sciences restent en dehors du cœur. « La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance » (Laudato sì, 111).

C’est pourquoi nous parlons d’une conversion écologique, que les chrétiens ne peuvent séparer du changement de cap que leur demande de suivre Jésus. Le revirement de Marie, en ce matin de Pâques, en est le signe : ce n’est que par la conversion dans la conversion que nous passons de cette vallée de larmes à la nouvelle Jérusalem. Ce passage, qui commence dans le cœur et qui est spirituel, modifie l’histoire, nous engage publiquement, active la solidarité qui, dès à présent, protège les personnes et les créatures de la convoitise des loups, au nom et par la force de l’Agneau Pasteur.

Ainsi, les fils et les filles de l’Église peuvent aujourd’hui rencontrer des millions de jeunes et d’autres hommes et femmes de bonne volonté qui ont entendu le cri des pauvres et de la terre en laissant leur cœur s’en émouvoir. Nombreux sont également ceux qui souhaitent, à travers une relation plus directe avec la création, une nouvelle harmonie qui les conduise au-delà de tant de déchirures. D’autre part, « Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende ; mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde » (Ps 18, 1-45).

Que l’Esprit nous donne la capacité d’écouter la voix de ceux qui n’ont pas de voix. Nous verrons alors ce que nos yeux ne voient pas encore : ce jardin, ou Paradis, vers lequel nous allons seulement en accueillant et en accomplissant chacun sa propre tâche.

NOVEMBRE : Pour la prévention du suicide

Prions pour que les personnes qui luttent contre des pensées suicidaires trouvent dans leur communauté le soutien, l’attention et l’amour dont elles ont besoin, et s’ouvrent à la beauté de la vie.

Léon XIV

Seigneur Jésus,
Toi qui invites ceux qui sont épuisés et accablés
à venir à toi et à trouver le repos dans ton Cœur,
nous te confions en ce mois toutes les personnes
qui vivent dans les ténèbres et le désespoir,
en particulier celles qui luttent
contre des pensées suicidaires.

Qu’elles trouvent toujours une communauté
qui les accueille, les écoute et les accompagne.
Donne à chacun de nous un cœur attentif et compatissant,
capable d’apporter réconfort et soutien,
y compris avec l’aide professionnelle nécessaire.

Apprends-nous à leur être proches, avec respect et tendresse,
à panser les blessures, tisser des liens et ouvrir des horizons.
Ensemble, puissions-nous redécouvrir que la vie est un don,
qu’il y a encore de la beauté et du sens,
même au cœur de la douleur et de la souffrance.

Nous savons bien que ceux qui te suivent
ne sont pas à l’abri de la tristesse ni du désespoir.

Fais-nous toujours sentir ton amour,
afin que, dans ta proximité,
nous reconnaissions et annoncions à tous l’amour infini du Père,
qui nous prend par la main
et renouvelle notre confiance dans la vie que tu nous donnes.

Amen.

« Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer » (Jn 4, 24).

Dans l’Évangile, cette rencontre révèle l’essence de l’authentique dialogue religieux : un échange qui a lieu lorsque les personnes s’ouvrent l’une à l’autre avec sincérité, écoute attentive et enrichissement mutuel. C’est un dialogue qui naît de la soif : la soif de Dieu pour le cœur de l’homme et la soif de l’homme pour Dieu. Au puits de Sicar, Jésus franchit les barrières de la culture, du sexe et de la religion. Il invite la Samaritaine à une nouvelle compréhension du culte, qui n’est pas limité à un lieu particulier - « ni sur cette montagne, ni à Jérusalem » - mais qui se réalise en Esprit et en vérité. Ce moment capture le cœur même du dialogue interreligieux : la découverte de la présence de Dieu au-delà de toutes les frontières et l’invitation à le chercher ensemble avec révérence et humilité.

Il y a soixante ans, le 28 octobre 1965, le Concile Vatican II, en promulguant la Déclaration Nostra Aetate, ouvrit un nouvel horizon de rencontre, de respect et d’hospitalité spirituelle. Ce lumineux Document nous enseigne à rencontrer les adeptes d’autres religions non pas comme des étrangers, mais comme des compagnons de route sur le chemin de la vérité ; à honorer les différences en affirmant notre humanité commune ; et à discerner, dans toute quête religieuse sincère, un reflet de l’unique Mystère divin qui englobe toute la création.

La Résurrection du Christ, réponse à la tristesse de l’être humain

La résurrection de Jésus-Christ est un événement que l’on ne cesse jamais de contempler et de méditer, et plus on l’approfondit, plus on s’émerveille, plus on est attiré, comme par une lumière insoutenable mais fascinante. C’est une explosion de vie et de joie qui a changé le sens de toute la réalité, du négatif au positif ; cependant, elle ne s’est pas produite de manière retentissante, encore moins violente, mais douce, cachée, on pourrait dire humble.

Aujourd’hui, nous réfléchirons à la manière dont la résurrection du Christ peut guérir l’une des maladies de notre temps : la tristesse. Envahissante et répandue, la tristesse accompagne les journées de tant de personnes. C’est un sentiment de précarité, parfois de profond désespoir, qui envahit l’espace intérieur et semble l’emporter sur tout élan de joie.

La tristesse enlève sens et vigueur à la vie, qui devient comme un voyage sans direction ni signification. Cette expérience très actuelle nous renvoie à la célèbre histoire des deux disciples d’Emmaüs dans l’Évangile de Luc (24, 13-29). Déçus et découragés, ils quittent Jérusalem, laissant derrière eux les espoirs placés en Jésus, crucifié et enseveli. Dans les premières lignes, cet épisode montre un paradigme de la tristesse humaine : la fin de l’objectif sur lequel on a investi tant d’énergie, la destruction de ce qui semblait être l’essentiel de la vie. L’espoir s’est évanoui, la désolation s’est emparée du cœur. Tout a implosé en très peu de temps, entre le vendredi et le samedi, dans une dramatique succession d’événements.

Le paradoxe est vraiment emblématique : ce triste parcours de défaite et de retour à l’ordinaire se déroule le même jour que la victoire de la lumière, de la Pâque pleinement consommée. Les deux hommes tournent le dos au Golgotha, à la terrible scène de la croix encore gravée dans leurs yeux et dans leurs cœurs. Tout semble perdu. Il faut retourner à sa vie d’avant, en faisant profil bas, en espérant ne pas être reconnu.

À un moment donné, un voyageur rejoint les deux disciples, peut-être l’un des nombreux pèlerins qui se sont rendus à Jérusalem pour Pâques. C’est Jésus ressuscité, mais ils ne le reconnaissent pas. La tristesse voile leur regard, annihile la promesse que le Maître a faite à plusieurs reprises : qu’il serait tué et que le troisième jour il ressusciterait. L’inconnu s’approche et s’intéresse à ce qu’ils disent. Le texte dit que les deux « s’arrêtèrent, le visage triste » (Lc 24,17). L’adjectif grec utilisé décrit une tristesse intégrale : sur leurs visages transparaît la paralysie de l’âme.

Jésus les écoute, les laisse exprimer leur déception. Puis, avec une grande franchise, il leur reproche d’être « sans intelligence et lents de cœur à croire à tout ce qu’ont dit les prophètes » (v. 25) et, à travers les Écritures, il montre que le Christ devait souffrir, mourir et ressusciter. Dans le cœur des deux disciples, la chaleur de l’espérance se rallume et, alors que le soir tombe et qu’ils arrivent à destination, ils invitent leur mystérieux compagnon à rester avec eux.

Jésus accepte et se met à table avec eux. Il prend le pain, le rompt et l’offre. À ce moment-là, les deux disciples le reconnaissent… mais il disparaît immédiatement de leur vue (v. 30-31). Le geste du pain rompu rouvre les yeux du cœur, illumine à nouveau la vue obscurcie par le désespoir. Et alors tout devient clair : le chemin partagé, la parole tendre et forte, la lumière de la vérité… Aussitôt, la joie se ravive, l’énergie circule à nouveau dans les membres fatigués, la mémoire devient gratitude. Et tous deux se hâtent de retourner à Jérusalem, pour tout raconter aux autres.

« Le Seigneur est vraiment ressuscité » (cf. v. 34). Dans cet adverbe, vraiment, s’accomplit sûrement notre histoire d’êtres humains. Ce n’est pas un hasard si c’est la salutation que les chrétiens échangent le jour de Pâques. Jésus n’est pas ressuscité avec des paroles, mais avec des faits, avec son corps qui conserve les marques de la passion, le sceau éternel de son amour pour nous. La victoire de la vie n’est pas un vain mot, mais un fait réel et concret.

Que la joie inattendue des disciples d’Emmaüs soit pour nous un doux rappel dans les moments difficiles. C’est le Ressuscité qui change radicalement la perspective, répandant l’espérance qui remplit le vide de la tristesse. Sur les sentiers du cœur, le Ressuscité marche avec nous et pour nous. Il témoigne de la défaite de la mort, il affirme la victoire de la vie, malgré les ténèbres du Calvaire. L’histoire a encore beaucoup à espérer en bien.

Reconnaître la Résurrection signifie changer notre regard sur le monde : revenir à la lumière pour reconnaître la Vérité qui nous a sauvés et qui nous sauve. Sœurs et frères, restons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité. Lui seul rend possible l’impossible !

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins venus de Suisse, de Belgique, du Canada, de France, spécialement des diocèses de Marseille, de Pontoise, Rouen, de Chartres, de Coutances et Avranches, avec leurs Pasteurs respectifs.

Frères et sœurs, adressons-nous fréquemment à Notre Dame du Rosaire en ce mois d’octobre qui lui est dédié. Demeurons vigilants chaque jour dans l’émerveillement de la Pâque de Jésus ressuscité, Lui qui rend possible l’impossible.

Que Dieu vous bénisse !

Jésus Ressuscité ne fait pas tomber une réponse « d’en haut », mais il se fait notre compagnon dans ce voyage souvent fatigant, douloureux, mystérieux.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans les catéchèses de l’Année jubilaire, nous avons jusqu’à présent retracé la vie de Jésus en suivant les Évangiles, de sa naissance à sa mort et à sa résurrection. Ce faisant, notre pèlerinage dans l’espérance a trouvé son fondement solide, son chemin sûr. Maintenant, dans la dernière partie de notre cheminement, nous laisserons le mystère du Christ, culminant dans la Résurrection, répandre sa lumière de salut au contact de la réalité humaine et historique actuelle, avec ses questions et ses défis.

Notre vie est ponctuée d’innombrables événements, remplis de nuances et d’expériences différentes. Parfois nous nous sentons joyeux, parfois tristes, ou encore comblés, ou stressés, gratifiés, démotivés. Nous vivons occupés, nous nous concentrons pour obtenir des résultats, nous atteignons même des objectifs élevés et prestigieux. À l’inverse, nous restons suspendus, précaires, dans l’attente de succès et de reconnaissances qui tardent à arriver ou qui n’arrivent pas du tout. En somme, nous expérimentons une situation paradoxale : nous voudrions être heureux, mais il est très difficile de l’être continuellement et sans ombres. Nous devons accepter nos limites et, en même temps, avec l’envie irrépressible d’essayer de les dépasser. Nous sentons au fond de nous qu’il nous manque toujours quelque chose.

En vérité, nous n’avons pas été créés pour le manque, mais pour la plénitude, pour jouir de la vie et de la vie en abondance, selon l’expression de Jésus dans l’Évangile de Jean (cf. 10,10).

Ce désir infini de notre cœur peut trouver sa réponse ultime non pas dans les rôles, non pas dans le pouvoir, non pas dans l’avoir, mais dans la certitude qu’il y a quelqu’un qui est le garant de cet élan constitutif de notre nature humaine ; dans l’assurance que cette attente ne sera pas déçue ou anéantie. Cette certitude coïncide avec l’espérance. Il ne s’agit pas de penser de manière optimiste : souvent l’optimisme nous déçoit, voit nos attentes imploser, tandis que l’espérance promet et tient.

Sœurs et frères, Jésus Ressuscité est la garantie de cet abri sûr ! Il est la source qui satisfait notre soif, la soif infinie de plénitude que l’Esprit Saint répands dans nos cœurs. En effet, la résurrection du Christ n’est pas un simple événement dans l’histoire humaine, mais l’événement qui l’a transformée de l’intérieur.

Pensons à une source d’eau. Quelles sont ses caractéristiques ? Elle désaltère et rafraîchit les créatures, elle irrigue la terre, les plantes, elle rend fertile et vivant ce qui autrement resterait aride. Elle rafraîchit le voyageur fatigué en lui offrant la joie d’une oasis de fraîcheur. Une source apparaît comme un don gratuit pour la nature, pour les créatures, pour les êtres humains. Sans eau, on ne peut pas vivre.

Le Ressuscité est la source vive qui ne se tarit pas et ne s’altère pas. Elle reste toujours pure et préparée pour celui qui a soif. Et plus nous goûtons au mystère de Dieu, plus nous sommes attirés par lui, sans jamais être complètement rassasiés. Saint Augustin, dans le dixième livre des Confessions, saisit précisément cette aspiration inépuisable de notre cœur et l’exprime dans le célèbre Hymne à la beauté : « Tu as exhalé ton parfum, j’ai respiré et j’aspire à toi, j’ai goûté, j’ai faim et soif ; tu m’as touché, et j’ai brûlé du désir de ta paix » (X, 27, 38).

Jésus, par sa Résurrection, nous a assuré une source de vie permanente : Il est le Vivant (cf. Ap 1,18), celui qui aime la vie, le vainqueur de toute mort. Il est donc en mesure de nous procurer le repos dans notre parcours terrestre et de nous assurer une tranquillité parfaite dans l’éternité. Seul Jésus, mort et ressuscité, répond aux questions les plus profondes de notre cœur : y a-t-il vraiment une fin pour nous ? Notre existence a-t-elle un sens ? Et comment la souffrance de tant d’innocents pourra-t-elle être rachetée ?

Jésus Ressuscité ne fait pas tomber une réponse « d’en haut », mais il se fait notre compagnon dans ce voyage souvent fatigant, douloureux, mystérieux. Lui seul peut remplir notre gourde vide, quand la soif devient insupportable.

Et il est aussi le point d’arrivée de notre marche. Sans son amour, le voyage de la vie deviendrait une errance sans but, une erreur tragique sans destination. Nous sommes des créatures fragiles. L’erreur fait partie de notre humanité, c’est la blessure du péché qui nous fait tomber, abandonner, désespérer. Ressusciter, en revanche, signifie se relever et se mettre debout. Le Ressuscité nous garantit un abri sûr, il nous ramène à la maison, où nous sommes attendus, aimés, sauvés. Faire le voyage avec Lui à nos côtés signifie expérimenter que nous sommes soutenus malgré tout, désaltérés et rafraîchis dans les épreuves et les labeurs qui, comme de lourdes pierres, menacent de bloquer ou de dévier notre histoire.

Bien-aimés, de la Résurrection du Christ jaillit l’espérance qui nous fait déjà goûter, malgré les difficultés de la vie, un calme profond et joyeux : cette paix que Lui seul nous donnera à la fin, sans fin.

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Se laisser réchauffer le cœur par Jésus

« La paix soit avec vous ! »

Lors de l’audience générale du 1er octobre 2025, le pape Léon XIV a rappelé que la mission de l’Église n’est pas d’exercer un pouvoir, mais de transmettre la joie d’avoir été aimé gratuitement. Méditant sur les paroles du Christ ressuscité — « La paix soit avec vous ! » —, il a invité les fidèles à ne pas cacher leurs blessures, mais à en faire des signes de réconciliation et d’espérance.

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« La mort n’a jamais le dernier mot »

 

Léon XIV : « même dans le tombeau, Dieu prépare la plus grande surprise »

La vie germe dans le silence

Dans le sépulcre, Jésus, la Parole vivante du Père se tait, a d’emblée affirmé le Pape qui souligne que c’est précisément « dans ce silence que la vie nouvelle commence à germer. Comme une graine dans la terre, comme l’obscurité avant l’aube ». Dieu n’a pas peur du temps qui passe car il est aussi le Seigneur de l’attente, a-t-il dit ajoutant que même notre temps “inutile”, celui des pauses, des vides, des moments stériles, peut devenir le sein de la résurrection. Chaque silence accueilli, a-t-il renchérit, peut être le prélude à une nouvelle Parole. De même, chaque temps suspendu peut devenir un temps de grâce, si nous l’offrons à Dieu.

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La plus belle des prières ? Le cri vers Dieu, assure Léon XIV

Le cri de Jésus sur la croix « résume tout : la douleur, l’abandon, la foi, l’offrande. Ce n’est pas seulement la voix d’un corps qui cède, mais le signe ultime d’une vie qui se donne », a expliqué Léon XIV lors de l’audience générale du 10 septembre 2025, tenue sur la place Saint-Pierre dans laquelle il a poursuivi son cycle de catéchèses jubilaires sur le thème de « Jésus-Christ notre espérance », devant une foule venue nombreuse malgré une météo pluvieuse.

« Sur la croix, Jésus ne meurt pas en silence. Il ne s’éteint pas lentement, comme une lumière qui s’éteint, mais il quitte la vie avec un cri », a expliqué Léon XIV, en revenant sur la question déchirante de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». 

« Le Fils, qui a toujours vécu en communion intime avec le Père, fait maintenant l’expérience du silence, de l’absence, de l’abîme », a expliqué le Pape. Mais même dans cette situation dramatique, « il ne s’agit pas d’une crise de foi, mais de la dernière étape d’un amour qui se donne jusqu’au bout », a-t-il précisé. 

Un cri qui porte du fruit

Décrivant l’attitude du centurion romain qui tente de désaltérer Jésus en le reconnaissant spontanément comme « Fils de Dieu », le Pape a rappelé que ce soldat romain manifeste « la première profession de foi après la mort de Jésus ». Cette attitude, très inattendue de la part d’un homme qui devait participer à la mise à mort de Jésus, est « le fruit d’un cri qui ne s’est pas perdu dans le vent, mais qui a touché un cœur ». 

Plutôt que de « considérer le cri comme quelque chose de désordonné, à réprimer », l’attitude chrétienne inspirée par l’Évangile doit conférer « à notre cri une valeur immense, en nous rappelant qu’il peut être une invocation, une protestation, un désir, un abandon ». Sur la croix, « Jésus n’a pas crié contre le Père, mais vers Lui », a précisé le chef de l’Église catholique. 

Le cri « peut même être la forme extrême de la prière, lorsque nous n’avons plus de mots », a relevé le Pape. Inversement, il a remarqué que « dans le voyage de la vie, il y a des moments où tout garder à l’intérieur peut nous consumer lentement ».

Ainsi, le cri « n’est pas seulement le premier acte de notre naissance – lorsque nous venons au monde en pleurant – : c’est aussi une façon de rester en vie », a-t-il expliqué. « Crier, c’est dire que nous sommes là, que nous ne voulons pas nous éteindre dans le silence, que nous avons encore quelque chose à offrir », a insisté le Pape, assurant que « le cri il n’est jamais ignoré s’il est confié à Dieu ». « Apprenons le cri de l’espérance lorsque vient l’heure de l’épreuve extrême. Non pas pour blesser, mais pour nous confier. Non pas pour hurler contre quelqu’un, mais pour ouvrir le cœur », a demandé le pontife.

Frassati et Acutis invitent à ne pas gaspiller la vie en dehors du projet de Dieu

Sur le parvis de la basilique Saint-Pierre bien ensoleillé, le Pape Léon XIV a présidé en ce dimanche 7 septembre la célébration eucharistique et le rite de canonisation de deux bienheureux, Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis.

« Le plus grand risque de la vie est de la gaspiller en dehors du projet de Dieu » a indiqué le Pape qui a présenté les deux nouveaux saints comme des jeunes qui cherchent la sagesse de Dieu « afin de connaître ses projets et d’y adhérer fidèlement ».

En partant des textes liturgiques du 23e dimanche du temps ordinaire C, Léon XIV a mis en lumière ce projet de Jésus auquel il faut adhérer pleinement : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple » ; et encore : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». Ce projet, a-t-il dit, est une invitation à nous dépouiller « de nous-mêmes, des choses et des idées auxquelles nous sommes attachés, pour nous mettre à l’écoute de sa parole ».

Un ‘‘oui’’ à Dieu alors qu’ils étaient encore jeunes

Prenant l’exemple de saint François d’Assise, le Pape a expliqué qu’au « cours des siècles, de nombreux jeunes ont dû faire face à ce choix décisif dans leur vie ». Parmi eux, on compte des saints et saintes que parfois « nous représentons comme de grands personnages, oubliant que tout a commencé pour eux lorsqu’ils ont répondu ‘‘oui’’ à Dieu alors qu’ils étaient encore jeunes, et se sont donnés pleinement à Lui, sans rien garder pour soi ». C’est ce oui, a mentionné Léon XIV, en faisant allusion à saint Augustin, qui a « donné une nouvelle direction, une nouvelle voie, une nouvelle logique », dans laquelle rien de leur existence n’a été perdu.

Frassati et Acutis : deux amoureux de Jésus

Le premier est un jeune homme du début du XXe siècle tandis que le second est un adolescent de notre époque. L’un et l’autre sont « amoureux de Jésus et prêts à tout donner pour Lui », a dit le Pape expliquant que le premier cité, Frassati, a « rencontré le Seigneur à travers l’école et les groupes ecclésiaux et en a témoigné par sa joie de vivre et d’être chrétien dans la prière, l’amitié et la charité ». Sa vie devient « une lumière pour la spiritualité laïque » dans la mesure où, poussé par la force de l’Évangile, le jeune Frassati « s’est engagé généreusement dans la société, a apporté sa contribution à la vie politique et s’est dépensé avec ardeur au service des pauvres ».

Carlo lui, a rencontré Jésus en famille, grâce à ses parents, à l’école, et surtout dans les sacrements. Il a grandi, « intégrant naturellement dans ses journées d’enfant et d’adolescent la prière, le sport, les études et la charité ».

Une vie marquée par l’amour pour Dieu et pour le prochain

Les deux saints, a dit le Pape, ont « cultivé l’amour pour Dieu et pour leurs frères à travers de simples moyens, à la portée de tous : la messe quotidienne, la prière, en particulier l’adoration eucharistique ». Pour illustrer leur vie de prière constante, l’évêque de Rome a cité quelques paroles fortes prononcées par nos deux nouveaux saints. Pour Carlo : « Devant le soleil, on se bronze. Devant l’Eucharistie, on devient saint ! » ; « La tristesse, c’est le regard tourné vers soi-même, le bonheur, c’est le regard tourné vers Dieu. La conversion n’est rien d’autre que le déplacement du regard du bas vers le haut, un simple mouvement des yeux suffit ».

Pour Frassati : « Autour des pauvres et des malades, moi je vois une lumière que nous n’avons pas », « le fondement de notre religion ».

Amoureux du sacrement de la pénitence

Le Pape a également souligné le fait que les deux tenaient pour chose essentielle « la confession fréquente ». À ce propos, a-t-il rappelé, Carlo écrivait : « La seule chose que nous devons vraiment craindre, c’est le péché » s’étonnant que « les hommes se soucient tant de la beauté de leur corps et ne se soucient pas de la beauté de leur âme ». Tous les deux enfin, a indiqué l’évêque de Rome, « avaient une grande dévotion pour les saints et pour la Vierge Marie, et pratiquaient généreusement la charité » qu’ils ont pratiquée jusqu’au dernier souffle de leurs vies fauchées dans la fleur de l’âge. Ils ont chacun affronté la mort avec une grande sérénité. Pier Giorgio disait que le jour de sa mort serait le plus beau de sa vie tandis que Carlo, encore plus jeune, « aimait dire que le Ciel nous attend depuis toujours, et qu’aimer demain, c’est donner aujourd’hui le meilleur de nous-mêmes ».

Ne pas gâcher la vie, mais en faire un chef-d’œuvre

Le Pape a conclu son homélie en invitant les fidèles, les jeunes en particulier, à suivre le modèle des saints Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis qui n’ont pas gâché leur vie, mais l’on orienté vers le haut en en faisant un chef-d’œuvre. Ces saints, a-t-il dit, nous encouragent par leurs paroles à placer Dieu au centre de chacune de nos actions. C’est la formule simple, mais gagnante, de leur sainteté a indiqué le Pape en invitant les fidèles à suivre ce témoignage « pour goûter pleinement la vie et aller à la rencontre du Seigneur dans la fête du Ciel ».

L’amour véritable apprend à demander et pas seulement à donner. Demander est ainsi libérateur.

C’est le « paradoxe chrétien : Dieu sauve non pas en agissant, mais en se laissant faire. Non pas en vainquant le mal par la force, mais en acceptant jusqu’au fond la faiblesse de l’amour ». C’est ainsi que Léon XIV revient sur les derniers instants de Jésus sur la croix dans sa catéchèse, ce mercredi, poursuivant son cycle sur « Jésus-Christ notre espérance ». Jésus a soif et le dit, apparaissant non comme « un héros victorieux », mais comme « un mendiant d’amour », ne proclamant pas, ne condamnant pas et ne se défendant pas mais demandant « humblement » « ce qu’il ne peut en aucun cas se donner à lui-même ».

C’est une soif qui exprime un désir profond d’amour, de relation et de communion précise le Pape, « cri silencieux d’un Dieu qui, ayant voulu tout partager de notre condition humaine, se laisse aussi traverser par cette soif ». En faisant ainsi, Dieu n’a pas honte « de mendier une gorgée » et nous dit surtout que « l’amour, pour être vrai, doit aussi apprendre à demander et pas seulement à donner » poursuit le Saint-Père.

Nous ne sommes pas autosuffisants

Par ces mots, Jésus montre aussi qu’« aucun de nous ne peut se suffire à soi-même » et ne peut se sauver seul. « La vie s’accomplit non pas lorsque nous sommes forts, mais lorsque nous apprenons à recevoir » affirme Léon XIV. « L’amour s’est fait nécessiteux, et c’est précisément pour cela qu’il a accompli son œuvre » ajoute-t-il, précisant que « le salut ne réside pas dans l’autonomie, mais dans la reconnaissance avec humilité de son propre besoin et dans sa capacité à savoir l’exprimer librement ». C’est donc dans « un geste de confiance » que s’accomplit notre humanité dans le dessein de Dieu. C’est aussi en demandant « que s’ouvre une voie de liberté ».

Pour le Pape, c’est là la source de la véritable espérance, car « si même le Fils de Dieu a choisi de ne pas se suffire à lui-même, alors notre soif – d’amour, de sens, de justice – n’est pas un signe d’échec, mais de vérité ». Certes, reconnaitre cette « fragilité » n’est pas évidente dans notre époque qui récompense « l’autosuffisance, l’efficacité, la performance », admet Léon XIV, mais notre capacité à nous laisser aimer et à aider mesure mieux notre humanité que ce que nous pouvons conquérir et constitue aussi « un pont vers le ciel ».

Demander est libérateur

« Jésus nous sauve en nous montrant que demander n’est pas indigne mais libérateur » déclare le Saint-Père, expliquant que, si « le péché a engendré la honte », « le pardon, le vrai, naît lorsque nous pouvons regarder en face notre besoin et ne plus craindre d’être rejetés ».

Pour le Souverain pontife, dans l’art de demander sans honte et donner sans calcul, dans la fraternité et la vie simple, nous pouvons trouver une « joie » menant à la vérité originelle de notre être : « nous sommes des créatures faites pour donner et recevoir de l’amour ». 

Xavier Sartre – Cité du Vatican

Seule une vie perdue par amour est finalement retrouvée

"L’espérance chrétienne n’est pas une fuite mais une décision. C’est le sens de la catéchèse de Léon XIV ce mercredi 27 août lors de l’audience générale en salle Paul VI au Vatican. Le Pape est revenu sur l’épisode de l’arrestation de Jésus narré dans l’évangile de Jean. Le sacrifice du Christ, qui sait qu’il est condamné, est un authentique acte d’amour a expliqué le Saint-Père.

Dieu présent même dans les heures les plus noires

Dans cette heure dramatique, « Jésus montre que la présence de Dieu se manifeste précisément là où l’humanité fait l’expérience de l’injustice, de la peur et de la solitude ». « La vraie lumière est prête à briller sans craindre d’être submergée par les ténèbres qui avancent », poursuit le Pape. Ce don « est le fruit d’une prière profonde par laquelle nous ne demandons pas à Dieu de nous épargner la souffrance, mais d’avoir la force de persévérer dans l’amour, conscients que la vie offerte gratuitement par amour ne peut nous être ôtée par personne ».

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Le pardon libère celui qui le donne

« Jésus, par le simple geste du pain offert, montre que toute trahison peut devenir une occasion de salut, si elle est choisie comme espace pour un amour plus grand ». C’est ce qu’a affirmé le Pape au cours de l’audience générale de ce mercredi, devant les milliers de fidèles et pèlerins réunis en salle Paul VI du Vatican, les invitant « à demander aujourd’hui la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous ne nous sentons pas compris, même lorsque nous nous sentons abandonnés ».

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La prière de Léon XIV pour prendre une bonne décision

Pendant le mois de juillet, Léon XIV invite les fidèles à prier pour « la formation au discernement ». Dans sa vidéo mensuelle qui présente son intention, rendue publique ce 3 juillet 2025, le Pape lit en anglais une prière à l’Esprit saint pour libérer son cœur « de ses tourments » et prendre « la bonne décision ».

Esprit Saint, toi, lumière de notre intelligence,
souffle doux qui guide nos décisions,
accorde-moi la grâce d’écouter attentivement ta voix
et de discerner les chemins cachés de mon cœur,
afin que je puisse saisir ce qui compte vraiment pour toi
et libérer mon cœur de ses troubles.

Je te demande la grâce d’apprendre à faire une pause,
à prendre conscience de ma manière d’agir,
des sentiments qui habitent en moi,
et des pensées qui m’envahissent,
que, si souvent, je ne remarque même pas.

Je désire que mes choix
me conduisent à la joie de l’Évangile.
Même si je dois passer par des moments de doute et de fatigue,
même s’il me faut lutter, réfléchir, chercher et recommencer…
Car, au bout du chemin,
ta consolation est le fruit de la juste décision.

Accorde-moi une compréhension plus profonde de ce qui me meut,
pour que je rejette ce qui m’éloigne du Christ,
et que je l’aime et le serve plus pleinement.

Amen.

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Audience générale : « Jésus notre espérance, peut nous guérir »

« En Christ il y a une force que nous aussi nous pouvons expérimenter lorsque nous entrons en relation avec Lui », a affirmé le Pape Léon XIV, poursuivant ce mercredi 25 juin son cycle de catéchèse sur les guérisons, « signe d’espérance ». Face aux déceptions et au désespoir, le Successeur de Pierre a exhorté à se tourner vers le Christ « qui peut nous guérir et nous faire renaître ». plus

 

 

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV POUR LA SOLENNITÉ DU TRÈS SAINT SACREMENT

Chers frères et sœurs, qu’il est beau d’être avec Jésus ! L’Évangile qui vient d’être proclamé en témoigne lorsqu’il raconte que les foules restaient des heures et des heures avec lui à l’écouter parler du Royaume de Dieu et guérir les malades (cf. Lc 9, 11). La compassion de Jésus pour ceux qui souffrent manifeste la proximité aimante de Dieu, qui vient dans le monde pour nous sauver. Quand Dieu règne, l’homme est libéré de tout mal. Cependant, même pour ceux qui reçoivent la bonne nouvelle de Jésus, l’heure de l’épreuve vient. Dans ce lieu désert, où les foules ont écouté le Maître, le soir tombe et il n’y a rien à manger (cf. v. 12). La faim du peuple et le coucher du soleil sont des signes de la finitude qui pèse sur le monde, sur chaque créature : le jour s’achève, tout comme la vie des hommes. C’est à cette heure, dans l’indigence, la misère et des ténèbres, que Jésus reste parmi nous.

Au moment même où le soleil décline et où la faim grandit, alors que les apôtres eux-mêmes demandent de renvoyer la foule, le Christ nous surprend par sa miséricorde. Il a de la compassion pour le peuple affamé et invite ses disciples à prendre soin de lui : la faim n’est pas un besoin qui n’a rien à voir avec l’annonce du Royaume et le témoignage du salut. Au contraire, cette faim concerne notre relation avec Dieu. Cinq pains et deux poissons ne semblent toutefois pas suffisants pour nourrir le peuple : apparemment raisonnables, les calculs des disciples révèlent au contraire leur faible foi. Car, en réalité, avec Jésus, nous avons tout ce qu’il faut pour donner force et sens à notre vie.

À cet appel de la faim, en effet, il répond par le signe du partage : il lève les yeux, dit la bénédiction, rompt le pain et donne à manger à tous ceux qui sont présents (cf. v. 16). Les gestes du Seigneur n’inaugurent pas un rituel magique complexe, mais témoignent avec simplicité de la reconnaissance envers le Père, de la prière filiale du Christ et de la communion fraternelle que soutient l’Esprit Saint. Pour multiplier les pains et les poissons, Jésus divise ceux qui sont là : ainsi, ils suffisent pour tous, voire ils débordent. Après avoir mangé – et mangé à satiété –, ils emportèrent douze paniers (cf. v. 17).

Telle est la logique qui sauve le peuple affamé : Jésus agit selon le style de Dieu, en enseignant à faire de même. Aujourd’hui, en lieu et place des foules mentionnées dans l’Évangile, il y a des peuples entiers, humiliés par la cupidité des autres plus encore que par leur propre faim. Face à la misère de beaucoup, le cumul des richesses par quelques-uns est signe d’une arrogance indifférente, qui engendre la souffrance et l’injustice. Au lieu de partager, l’opulence gaspille les fruits de la terre et du travail de l’homme. Particulièrement, en cette année jubilaire, l’exemple du Seigneur reste pour nous un critère urgent d’action et de service : partager le pain, pour multiplier l’espérance, c’est proclamer l’avènement du Royaume de Dieu.

En nourrissant les foules, Jésus annonce en effet, qu’il sauvera tout le monde de la mort. Tel est le mystère de la foi que nous célébrons dans le sacrement de l’Eucharistie. De même que la faim est un signe de notre pauvreté extrême, ainsi rompre le pain est un signe du don divin du salut.

Mes très chers amis, le Christ est la réponse de Dieu à la faim de l’homme, car son corps est le pain de la vie éternelle : prenez et mangez-en tous ! L’invitation de Jésus embrasse notre expérience quotidienne : pour vivre, nous avons besoin de nous nourrir de la vie, en la prenant aux plantes et aux animaux. Pourtant, manger quelque chose de mort nous rappelle que nous aussi, malgré ce que nous mangeons, nous mourrons. En revanche, lorsque nous nous nourrissons de Jésus, pain vivant et vrai, nous vivons pour Lui. En s’offrant tout entier, le Crucifié Ressuscité se donne à nous qui découvrons ainsi que nous sommes faits pour nous nourrir de Dieu. Notre nature affamée porte la marque d’une indigence qui est comblée par la grâce de l’Eucharistie. Comme l’écrit saint Augustin, le Christ est vraiment « panis qui reficit, et non deficit ; panis qui sumi potest, consumi non potest » (Sermo 130, 2) : un pain qui nourrit et ne manque pas ; un pain que l’on peut manger mais qui ne s’épuise pas. L’Eucharistie, en effet, est la présence véritable, réelle et substantielle du Sauveur (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1413), qui transforme le pain en Lui-même, pour nous transformer en Lui. Vivant et vivifiant, le Corpus Domini fait de nous, c’est-à-dire de l’Église elle-même, le corps du Seigneur.

C’est pourquoi, suivant les paroles de l’apôtre Paul (cf. 1 Co 10, 17), le Concile Vatican II enseigne que « par le sacrement du pain eucharistique, est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul corps. À cette union avec le Christ, lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 3). La procession que nous allons bientôt commencer est le signe de ce cheminement. Ensemble, pasteurs et troupeau, nous nous nourrissons du Très Saint Sacrement, nous l’adorons et nous le portons dans les rues. Ce faisant, nous le présentons au regard, à la conscience, au cœur des personnes. Au cœur de ceux qui croient, pour qu’ils croient plus fermement ; au cœur de ceux qui ne croient pas, pour qu’ils s’interrogent sur la faim que nous avons dans l’âme et sur le pain qui peut la rassasier.

Restaurés par la nourriture que Dieu nous donne, nous portons Jésus dans le cœur de tous, lui qui implique tout le monde dans l’œuvre du salut, invitant chacun à participer à sa table. Heureux les invités qui deviennent témoins de cet amour !

Léon XIV invite chacun à exprimer à Dieu son “désir de guérison”

« Demandons au Seigneur le don de comprendre où notre vie est bloquée. Essayons d’exprimer notre désir de guérison », a demandé le pape Léon XIV lors de l’audience générale de ce 18 juin. Il a également invité à prier « pour tous ceux qui se sentent paralysés, qui ne voient pas d’issue ». "

« Parfois, nous préférons rester dans l’état de malade, obligeant les autres à s’occuper de nous. C’est parfois aussi une excuse pour ne pas décider quoi faire de notre vie », a averti Léon XIV lors de l’audience générale du 18 juin 2025, tenue sur la place Saint-Pierre. Le Pape est revenu sur l’épisode de la guérison du paralytique dans l’Évangile de Jean (Jn 5,1-9). Il a relu ce célèbre épisode évangélique comme un appel universel à se libérer des peurs et à recevoir librement la guérison offerte par Dieu.

Rappelant que le contexte éprouvant vécu par les malades retenus à l’extérieur du Temple de Jérusalem car « considérés comme impurs », le Pape a décrit une « guerre des pauvres », imaginant « la triste scène de ces malades se traînant péniblement pour entrer dans la piscine », dont les eaux étaient considérées comme miraculeuses. « À certains moments, l’eau s’agitait et, selon la croyance de l’époque, celui qui y plongeait en premier était guéri », a raconté Léon XIV.

 Ce qui nous paralyse, bien souvent, c’est précisément la déception. Nous nous sentons découragés et risquons de tomber dans l’apathie. lire plus

« Il n’y a aucun cri que Dieu n’entende »

« Il n’y a aucun cri que Dieu n’entende ». Lors de son audience générale ce mercredi 11 juin place Saint-Pierre, le pape Léon XIV s’est adressé aux personnes souffrantes, les invitant à ne pas cacher leur douleur, car Dieu pose un regard compatissant sur chacun. …plus

Veillée de Pentecôte

Dans son homélie prononcée devant 70 000 fidèles, réunis place Saint-Pierre à l’occasion du Jubilé des mouvements d’Églises, samedi 7 juin, le Souverain pontife a rappelé que l’Esprit de Jésus change le monde en changeant les cœurs… Léon XIV appelle à l’unité et à la spiritualité authentique

Léon XIV adresse un message aux catholiques de France !

Le pape Léon XIV a adressé une lettre aux évêques de France, et, à travers eux, à tous les fidèles catholiques du pays, à l’occasion du centenaire des canonisations du curé d’Ars, de sainte Thérèse de Lisieux et de saint Jean-Eudes. Datée du 28 mai, elle a été rendue publique par le Bureau de presse du Saint-Siège le 31 mai.

Face aux « vents contraires et parfois hostiles de l’indifférentisme, du matérialisme et de l’individualisme », saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897) et saint Jean Eudes (1601-1680) peuvent contribuer à réveiller l’espérance et à susciter un « nouvel élan missionnaire », écrit le pape Léon XIV dans une lettre adressée aux évêques de France et, à travers eux, à tous les catholiques du pays. Datée du 28 mai 2025 et rendue publique par le Bureau de presse du Saint-Siège le 31 mai, cette lettre a été publiée en français à l’occasion du centenaire des canonisations de ces trois personnalités par Pie XI. « L’ampleur des défis qui se présentent, un siècle plus tard, à l’Église de France, et la pertinence toujours très actuelle de ces trois figures de sainteté pour y faire face, me poussent à vous inviter à donner un relief particulier à cet anniversaire », indique le pape américano-péruvien, dont les racines familiales le rattachent à la France.

Il remarque que ces trois saints peuvent encore s’adresser « de manière très parlante et attrayante aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui » dans la mesure où « ils ont aimé sans réserve Jésus de manière simple, forte et authentique ». Ils « ont fait l’expérience de sa bonté et de sa tendresse dans une particulière proximité quotidienne », et en ont témoigné « dans un admirable élan missionnaire ». Évoquant l’encyclique Dilexit nos publiée par le pape François en 2024, et qu’il présente comme « un testament » de son prédécesseur argentin, Léon XIV invite à s’ancrer dans la spiritualité du Sacré-Cœur de Jésus. « Il ne saurait y avoir de plus beau et de plus simple programme d’évangélisation et de mission pour votre pays : faire découvrir à chacun l’amour de tendresse et de prédilection que Jésus a pour lui, au point d’en transformer la vie », assure-t-il.

Un « héritage chrétien » à faire vivre

« Nos trois saints sont assurément des maîtres dont je vous invite à faire sans cesse connaître et apprécier la vie et la doctrine au Peuple de Dieu », explique Léon XIV, remarquant que saint Jean Eudes avait été « le premier à avoir célébré le culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie ». Pour sa part, saint Jean Marie Vianney, « ce curé passionnément donné à son ministère », avait défini le sacerdoce comme « l’amour du cœur de Jésus ». Et enfin, sainte Thérèse de Lisieux « respira à chaque instant de sa vie le Nom de Jésus, avec spontanéité et fraîcheur » et « enseigna aux plus petits une voie ’toute facile’ pour y accéder », explique Léon XIV.

« Célébrer le centenaire de canonisation de ces trois saints, c’est d’abord une invitation à rendre grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies en cette terre de France durant de longs siècles d’évangélisation et de vie chrétienne », explique le Pape. « Cet héritage chrétien vous appartient encore, il imprègne encore profondément votre culture et demeure vivant en bien des cœurs », insiste-t-il. 

« Je forme le vœu que ces célébrations ne se contentent pas d’évoquer avec nostalgie un passé qui pourrait sembler révolu, mais qu’elles réveillent l’espérance et suscitent un nouvel élan missionnaire », insiste Léon XIV. Il souligne la place particulière de sainte Thérèse comme « patronne des missions » et l’encouragement que saint Jean-Marie Vianney et saint Jean Eudes peuvent donner aux vocations presbytérales. 

L’encouragement du pape aux prêtres de France

« Ne sauront-ils pas parler à la conscience de nombreux jeunes de la beauté, de la grandeur et de la fécondité du sacerdoce, en susciter le désir enthousiaste, et donner le courage de répondre généreusement à l’appel, alors que le manque de vocations se fait cruellement sentir dans vos diocèses et que les prêtres sont de plus en plus lourdement éprouvés ? », écrit le Pape. Celui qui était alors le cardinal Robert Francis Prevost avait pu prendre connaissance des rapports sur la situation des diocèses français lorsqu’il était préfet du dicastère pour les Évêques, de 2023 à 2025, et a donc contribué au renouvellement d’une partie de l’épiscopat français. 

« Je profite de l’occasion pour remercier du fond du cœur tous les prêtres de France pour leur engagement courageux et persévérant et je souhaite leur exprimer ma paternelle affection », écrit-il. 

« Chers frères évêques, j’invoque l’intercession de saint Jean Eudes, de saint Jean-Marie Vianney et de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, pour votre pays et pour le Peuple de Dieu qui y pérégrine courageusement, sous les vents contraires et parfois hostiles de l’indifférentisme, du matérialisme et de l’individualisme », indique encore le Pape. « Qu’ils redonnent courage à ce Peuple, dans la certitude que le Christ est vraiment ressuscité, Lui, le Sauveur du monde », insiste-t-il. Léon XIV implore enfin sur la France « la protection maternelle de sa puissante Patronne, Notre-Dame de l’Assomption ». 

Audience générale : « Nous sommes d’abord appelés à être humains »

En méditant sur la parabole du bon Samaritain, le Pape Léon XIV a détaché la compassion de la question religieuse : « la compassion est une question d’humanité ». Pour sa deuxième audience générale place Saint-Pierre, le Souverain pontife a encouragé les fidèles à imiter le Samaritain, qui « s’arrête simplement parce qu’il est un homme devant un autre homme qui a besoin d’aide »…plus

Homélie du pape Léon XIV lors de sa messe d’inauguration

La fumée blanche s’est élevée au-dessus de la Chapelle Sixtine ce 8 mai 2025 vers 18h, marquant la fin du conclave et l’élection du nouveau souverain pontife de l’Église catholique. Le cardinal Robert Francis Prevost, 69 ans, jusqu’à présent Préfet du Dicastère pour les évêques, originaire des États-Unis, a été élu Pape sous le nom de Léon XIV par les 133 cardinaux électeurs réunis depuis le 7 mai 2025. Il a été élu au quatrième tour de scrutin, à l’issue du deuxième jour de conclave.

Le nouveau souverain pontife a choisi le nom de Leon XIV en acceptant de devenir le 267e successeur de l’apôtre saint Pierre. Il devient le premier pape nord-américain. Il succède au pape François qui est décédé le 21 avril 2025, après douze ans de pontificat.


Qui est le cardinal Prevost, élu lors du conclave 2025 ?

Né à Chicago en 1955, le cardinal Robert Prevost était jusqu’à présent Préfet du Dicastère pour les évêques, connu pour son engagement missionnaire, son attachement à la proximité avec le peuple et son action en faveur des plus démunis et des migrants. Religieux augustin, il a passé près de vingt ans comme missionnaire au Pérou, où il a exercé des responsabilités pastorales importantes, notamment comme évêque de Chiclayo. Il a également été prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin, puis préfet du Dicastère pour les évêques à Rome, un poste clé dans la nomination des évêques du monde entier. Il a été nommé cardinal par le pape François, en septembre 2023.

Premier discours du pape Léon XIV aux fidèles depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre

« Que la paix soit avec vous tous, très chers frères et sœurs. Ceci est le premier salut du Christ ressuscité, le bon berger qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Je voudrais moi aussi que ce salut de paix entre dans nos cœurs, qu’il parvienne à vos familles, à toutes les personnes, où qu’elles soient, à tous les peuples, à toute la terre. Que la paix soit avec vous.

C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée, et une paix désarmante, humble et persévérante, elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous, inconditionnellement. Nous gardons encore dans nos oreilles cette voix faible, mais toujours courageuse, du pape François bénissant Rome. Le pape bénissant Rome a donné sa bénédiction au monde, au monde entier, ce matin de Pâques. Permettez-moi de poursuivre cette même bénédiction. Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas. Nous sommes tous entre les mains de Dieu.

C’est pourquoi, sans crainte, unis, main dans la main avec Dieu et les uns avec les autres, allons de l’avant. Nous sommes les disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de lui comme pont vers Dieu et son amour.

Aidez-nous aussi, puis les uns les autres, à construire des ponts par le dialogue, par la rencontre, nous unissant tous pour être un seul peuple, toujours en paix. Merci au pape François.

Je veux aussi remercier tous mes frères cardinaux qui m’ont choisi pour être le successeur de Pierre et pour marcher avec vous en tant qu’Église unie, toujours à la recherche de la paix, de la justice, toujours cherchant à oeuvrer comme des hommes et des femmes fidèles à Jésus-Christ, sans peur, pour annoncer l’Évangile, pour être missionnaires. Je suis un fils de saint Augustin, un augustinien, qui a dit : ’’avec vous je suis chrétien et pour vous évêque’’. En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie pour laquelle Dieu nous a préparés.

Je salue tout particulièrement l’Église de Rome. Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte à l’accueil, comme cette place, à bras ouverts, de tous ceux qui ont besoin de notre charité, de présence, de dialogue, d’amour.

Qu’il me soit aussi permis de dire un mot, un salut (…) en particulier à mon cher diocèse de Chiclayo, au Pérou, où un peuple fidèle a accompagné son évêque, a partagé sa foi et a donné tant, tant pour continuer à être l’Église fidèle de Jésus-Christ.

A vous tous, frères et soeurs, de Rome, d’Italie, du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui cherche toujours la paix, qui cherche toujours la charité, qui cherche toujours à être proche, surtout de ceux qui souffrent.

Aujourd’hui, c’est le Jour de la Supplique à la Madone de Pompéi, notre Mère Marie, qui veut toujours marcher avec nous, être proche, nous aider par son intercession et son amour. Alors, j’aimerais prier avec vous, prions ensemble pour cette nouvelle mission, mais aussi pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et nous demandons cette grâce spéciale de Marie, notre Mère.

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et bénie est le fruit de vos entrailles, Jésus. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen ».

Revoir le direct de Vatican News : https://youtu.be/K-zknhNgt7Y
 

Emission KTO TV : Portrait du nouveau pape

 

Lire le message de Mgr Thibault Verny à l’occasion de l’élection de Léon XIV
https://communication.catholique-savoie.fr/Message-de-Mgr-Thibault-Verny-a-l-occasion-de-l-election-du.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 octobre 2026, mis à jour le 20 octobre 2026