Grésy-sur-Isère

L’église Saint-Pierre-aux-Liens de Grésy sur Isère

Grésy : Un village, deux églises et une histoire de cloches

Le village de Grésy, situé dans les montagnes savoyardes, est marqué par une particularité qui intrigue et fascine : il possède deux églises. Ou presque. En effet, l’histoire de ces deux sanctuaires est un témoignage vivant de l’évolution du village et de ses croyances, depuis les premières pierres romanes jusqu’à la modernité.

Une église ancienne, témoin d’un passé lointain

L’histoire de l’église de Grésy commence bien avant la construction de l’édifice néoclassique que l’on connaît aujourd’hui. La première église de Grésy, encore debout, date de l’époque romane. Selon les fouilles archéologiques réalisées à la fin du XIXe siècle, cet ancien lieu de culte pourrait bien avoir été érigé sur les fondations d’un temple romain, lui-même construit à l’emplacement d’un édifice carolingien. Si l’on ne peut pas en être certain, les fouilles ont révélé des indices concordants.

Au fil des siècles, l’église romane subit des modifications et, au XIXe siècle, un grand projet de rénovation la transforma. En 1841, la décision de désacraliser cet édifice fut prise, et plusieurs facteurs expliquent cette décision. Tout d’abord, la Révolution avait affaibli la structure de l’église, et la population du village avait considérablement augmenté, rendant l’édifice trop exigu et trop éloigné du centre du bourg. Après de nombreuses transformations au fil des siècles, le clergé décide de construire une nouvelle église sur la place du village et l’ancienne est désacralisée dès le milieu du XIXe siècle. Petit à petit, le bâtiment se dégrade. 

Grésy3 200

En 1991, une association entreprend le sauvetage de ce site d’exception. La tâche est rude : il faut sensibiliser les autorités et la population.
Peu à peu l’intérêt grandit pour la sauvegarde de ce patrimoine.
Fin 2007, voit l’achèvement des travaux de protection de l’ensemble du bâtiment. Certains sont horrifiés du résultat, les autres, les plus nombreux, apprécient cette structure métallique coiffée de polycarbonate translucide, dessinée par l’architecte albertvillois Jean Martinato.
Cet écrin met à l’abri des outrages du temps “La Belle Endormie”

Un nouvel édifice pour un nouveau village

Face à cette situation, plusieurs architectes savoyards furent sollicités pour concevoir un nouveau lieu de culte. Parmi eux, Ruphy, qui a laissé sa marque sur plusieurs églises locales, mais c’est finalement l’architecte Chiron qui fut retenu. Son audace résida dans sa proposition : construire une église néoclassique, conforme aux goûts de l’époque, mais avec une décoration intérieure unique, entièrement peinte, ce qui était peu courant.

Cette église fut bâtie entre 1839 et 1843 et consacrée en 1846 par Mgr Billiet, archevêque de Chambéry, qui deviendra plus tard cardinal. Cependant, au XXe siècle, les restaurations successives, notamment l’installation du chauffage à gaz, eurent raison de la splendide décoration peinte qui faisait la particularité de l’édifice.

Les cloches, un écho du passé

Les deux cloches de Grésy sont un autre aspect fascinant de son histoire. La grande cloche, qui sonne encore aujourd’hui, est un vestige de l’ancienne église. Elle a survécu miraculeusement à la Révolution française et au démantèlement de l’ancien sanctuaire. Dédicacée à la bienheureuse Marie et à saint Pierre, cette cloche a été bénie le 19 août 1757, selon un acte paroissial. Elle remplaçait déjà deux anciennes cloches, datant respectivement de 1532 et 1640, et avait été alourdie de trois quintaux lors de sa refonte. Un détail intrigant a été découvert sur cette cloche : une inscription partiellement effacée mentionne « A GOUSSEL FOND… », suggérant que la famille Goussel était responsable de sa fabrication.

La petite cloche, plus moderne, a été installée en 1961 et remplace une cloche plus ancienne. Elle a été bénie par Mgr de Bazelaire, archevêque de Chambéry. Le financement de cette cloche fut rendu possible grâce à la générosité des paroissiens.

Une tradition qui perdure

Au début du XXe siècle, la grande cloche fut révisée et un joug en fonte remplaça l’ancien joug en bois, qui repose toujours près de la cloche. Cependant, la cloche n’a pas été équipée d’un moteur, ce qui signifie que sa corde tombe toujours jusqu’au sol pour être tirée manuellement. Le tintement de cette cloche, accompagné d’un marteau de tintement, sert à annoncer les heures et à marquer les événements importants, comme les sépultures. Quant à la petite cloche, elle bénéficie d’un moteur permettant de sonner les angélus et d’autres événements festifs ou solennels.

Le rêve des habitants de Grésy pourrait bien être de réentendre les deux cloches chanter en harmonie, comme le chantait la célèbre chanson, un écho du passé résonnant à travers les générations.

 

25 mars 2022, mis à jour le 3 avril 2025